© Ramy Zein
ramy zein
Football et genres
Grande effervescence chez Riwan et ses
camarades : le Mondial a commencé et ils ont tous leurs nations favorites,
leurs joueurs préférés, leurs têtes de Turc. Les cartes Panini circulent de
main en main : on négocie, on échange, on cherche le Graal pour compléter
une page de son cahier, on exerce des pressions sur les parents pour obtenir
des pochettes supplémentaires. La FIFA s’est encore dépassée cette année :
jamais la machine à cash n’a aussi bien fonctionné, depuis le prix faramineux
des places dans les stades jusqu’aux droits de transmission, en passant par les
innombrables produits dérivés, dont, justement, les « stickers »
Panini, première monnaie d’échange dans les cours.
Aujourd’hui, en retrouvant Riwan à l’école, je l’ai surpris en train de montrer ses cartes à une fille plus âgée. Tiens, une fille ! La chose est suffisamment rare pour être notée. Quand il a terminé son « trade » (mot en usage), j’ai demandé à Riwan quelle équipe recherchait la fille.
- Aucune ! me confie-t-il avec le plus grand sérieux. Elle se fout complètement du foot : elle cherche seulement les plus beaux gosses parmi les joueurs ! (12/6/26)
Jeu de dupes
Un jour on nous dit que Trump s’emploie à freiner les ardeurs belliqueuses de Netanyahou, un autre on apprend que Trump a donné le feu vert au Premier ministre israélien pour frapper la banlieue sud. Tantôt on nous affirme que le président américain dissocie le dossier libanais du conflit avec l’Iran, tantôt on nous explique que Washington utilise les frappes contre le Hezbollah pour faire pression sur Téhéran. D’un côté Israël exige que l’armée libanaise étende son contrôle sur tout le sud du pays, de l’autre il cible nos officiers et nos soldats, comme cela s’est produit le 6 juin à Khardali où trois militaires libanais ont été tués. Venez discuter face à face avec les Israéliens, et vous verrez s’ouvrir devant vous les portes de la paix, nous promettait-on ; le pouvoir libanais a franchi ce pas sans aucun préalable et, en retour, il n’a rien obtenu sinon la perpétuation de la guerre et l’extension de la zone d’occupation.
Qui manipule qui ? Qui ment à qui ? Qui sait vraiment ce qu’il fait ? Où nous conduit cette diplomatie de l’improvisation et de l’incohérence ? Pourquoi n’instaure-t-on pas un vrai cessez-le-feu qui créerait un climat favorable à la discussion ?
Impression tenace d’un gigantesque jeu de dupes et d’un énorme gâchis : depuis le début des pourparlers entre le pays du Cèdre et l’État hébreu, des centaines de civils ont été fauchés au Liban. (8/6/26)
Indécence
Un ministre israélien (Itamar Ben Gvir,
encore lui) s’est insurgé contre l’accord de cessez-le-feu conclu hier à Washington.
Reprochant à Netanyahou sa soumission à Trump, il a proposé au Premier ministre
israélien de se rendre à Washington avec des enfants déplacés de Kyriat Shmona
pour sensibiliser le président américain aux malheurs de son pays.
L’idée de M. Ben Gvir n’est pas mauvaise : la souffrance des enfants, quels qu’ils soient, est intolérable, et il est bon que le monde sache ce qu’éprouvent les petits garçons et les petites filles de Kyriat Shmona. L’ennui est qu’il n’y a pas de commune mesure entre le sort dévolu aux enfants d’Israël et celui infligé aux enfants du Liban. Si M. Netanyahou se rend à Washington accompagné de petits Israéliens du Nord, M. Joseph Aoun devrait s’y rendre en compagnie de 250 cercueils blancs, ceux des enfants tués par les frappes israéliennes depuis le 2 mars 2026. (5/6/26)
Tristesse et indignation
Lundi matin, la maîtresse de Riwan annonce aux élèves que l’armée israélienne risque de bombarder la banlieue sud : ils ne doivent pas s’inquiéter s’ils entendent des explosions. Un garçon bondit alors de sa chaise en criant de joie. La nouvelle l’exalte visiblement, ce qui heurte plusieurs de ses camarades. Du haut de ses huit ans, Riwan lui explique qu’il a le droit d’être contre le Hezbollah, mais pas d’approuver Israël quand son armée attaque le Liban en tuant des milliers de civils, dont des centaines d’enfants.
Voilà ce que Riwan m’a rapporté au retour de l’école, avec un mélange de tristesse et d’indignation. J’ai tenté de le consoler en lui disant que son camarade ne mesurait sans doute pas la gravité de ses propos et de son attitude. Mon argument l’a-t-il convaincu ? Il n’en a plus reparlé en tout cas. (3/6/26)
La journée des dupes
Journée de grande tension au Liban hier. Le matin,
nous apprenons que Netanyahou et son ministre de la Défense ont donné le feu
vert à Tsahal pour attaquer la banlieue sud de Beyrouth. Aussitôt un vent de
panique souffle sur Dahieh : les habitants quittent précipitamment leurs foyers
et des cortèges se forment pour fuir le secteur, bloquant toutes les voies
environnantes. Les heures passent et jusqu’en fin d’après-midi, nous guettons
avec angoisse les premières frappes.
En soirée, Trump annonce via Truth Social qu’un
accord de cessez-le-feu a été conclu entre les belligérants : Tel-Aviv s’engage
à épargner Dahieh et, en contrepartie, le Hezbollah s’abstient de tout tir sur le
nord d’Israël. Un cessez-le-feu partiel, donc, qui laisse le champ libre à l’État hébreu dans le sud et l’est du pays.
Les Libanais sont déstabilisés par cette série de menaces, volte-face, fausses joies et accords minés. Ils ont l’impression que les Américains naviguent à vue et que les Israéliens, en imposant des conditions draconiennes (désarmer le Hezbollah sous le feu), cachent des intentions occultes. Beaucoup ont désespéré de toute solution prochaine ; d’autres, optimistes invétérés, continuent de miser sur la capacité des États-Unis à régler durablement le conflit israélo-libanais.
En attendant, le Liban vit comme il a toujours vécu, dans la peur et l’incertitude. (2/6/26)
Barbarie
Tandis qu’Israël poursuit son offensive et
que les combats font rage autour du Litani, le ministre israélien Itamar Ben
Gvir a déclaré que le temps était venu pour « raser la banlieue sud de
Beyrouth ». Cette déclaration est symptomatique d’une pensée primitive et
brutale dominée par l’instinct de violence, au détriment des faits et de la raison.
En quoi Israël serait-il avancé s’il « rasait » la banlieue sud ? Sa sécurité serait-elle davantage assurée ? Le Hezbollah cesserait-il de bombarder la Galilée ? Non. Raser intégralement la banlieue sud permettrait, en revanche, d’extérioriser la haine insatiable et la rage dévastatrice de ses dirigeants les plus extrémistes, sans aucun bénéfice pour l’État hébreu.
Clausewitz disait que la guerre était « la continuation de la politique par d’autres moyens ». Cela est vrai quand elle repose sur des stratégies rationnelles ; mais quand elle se transforme en outil de destruction aveugle, elle devient une barbarie pure et simple. (31/5/26)
Stylé
Lors d’une visite dans un lycée de
Beyrouth, une élève de première m’a confié qu’elle aimait beaucoup mon style. Flatté par le compliment, j’ai
souhaité en savoir plus sur ce qu’elle appelait mon style ; était-ce le
choix des mots, la tournure des phrases, le rythme des textes, la tonalité, le registre ?
Ah non, non, fit-elle sans l’ombre d’une confusion. Je ne parlais pas de ça ! Je parlais de votre style vestimentaire.
Me voilà sacré « écrivain stylé » par une représentante de la jeune génération !... C’est toujours ça de pris. (30/5/26)
Lexicographie
Le dictionnaire Larousse définit le cessez-le-feu
comme un « arrêt des hostilités ».
Dans le dictionnaire de Tsahal, le
cessez-le-feu signifie : « Je fais ce que je veux, quand je veux, comme
je veux. »
Il est vrai que l’histoire de l’humanité
est émaillée de cessez-le-feu rompus ou partiellement respectés, mais le
conflit actuel a totalement vidé le terme de son sens : Israël n’a jamais cessé
le feu et ne semble pas décidé à le faire, en invoquant une interprétation pour
le moins abusive des accords de trêve. Quant au Hezbollah, il ne paraît guère
disposé, comme il l’avait été avant le 2 mars, à se faire canarder sans riposte.
On se retrouve donc face à la même situation d’avant la trêve, à ceci près que
la capitale et ses environs sont relativement épargnés.
Cette combinaison meurtrière de mauvaise
foi et de mauvaise volonté a entraîné des morts par centaines, des blessés par
milliers, des destructions colossales. Des civils – femmes et enfants compris –
tombent chaque jour, et on ne voit pas le bout d’un conflit qui, comme tous les
précédents, a provoqué des calamités incommensurables sans atteindre aucun de ses
objectifs.
À quel moment les Israéliens comprendront-ils qu’ils n’obtiendront rien par la violence ? S’ils étaient assurés de payer judiciairement et financièrement le prix de leurs crimes de guerre en Palestine et au Liban, ils l’auraient compris depuis longtemps. (27/5/26)
Amnistie et quotas communautaires
Les commissions parlementaires planchent
laborieusement sur une loi d’amnistie qui désengorgerait les prisons et
rendrait justice à des milliers de prisonniers oubliés entre les murs de
Roumieh et d’ailleurs. Les principaux bénéficiaires de cette loi sont les
islamistes impliqués dans des affaires de terrorisme, de complots contre la sûreté
de l’État, d’attaques contre l’armée libanaise ou, pour
les cas les moins graves, d’appartenance à des cellules extrémistes et de
diffusion de propagande jihadiste. Tous n’ont pas du sang sur les mains et
certains croupissent en prison depuis de nombreuses années, au titre de la « détention
provisoire ».
La communauté sunnite étant la première concernée par la loi, les représentants des partis chrétiens et chiites se sont hâtés d’exiger leur part de l’amnistie, les uns en réclamant le droit au retour pour les Libanais réfugiés en Israël depuis 2000, les autres en plaidant pour la libération des détenus arrêtés pour trafic de stupéfiants dans la Békaa : une logique de quotas communautaires qui a toujours sévi au Liban, en particulier depuis les accords de Taëf, mais qui, en l’occurrence, n’est pas dénuée de légitimité morale.
La loi aurait dû être votée aujourd’hui au Parlement ; elle est ajournée pour plus de concertations. Le système politique libanais, basé sur le donnant-donnant entre les groupes communautaires, a visiblement atteint ses limites. Les députés peinent à trouver la formule magique qui contenterait toutes les parties. (21/5/26)
Le dernier jour
Les terminales du Grand Lycée Franco-Libanais
ont fêté à leur façon leur dernier jour d’école : un groupe d’élèves
cagoulés a dûment saccagé une salle et démoli plusieurs portes au passage. Un
autre – ou était-ce le même ? – a forcé l’entrée d’une classe de troisième
où des collégiens planchaient sur un examen, avant d’y lancer un fumigène,
provoquant la terreur parmi eux.
Pourquoi ce déchaînement soudain ?
Réaction explosive à la violence symbolique d’un système scolaire, aliénant et
coercitif, subi depuis la maternelle ? Rébellion contre l’ordre bourgeois
incarné par les maîtres et les parents ? Effet d’entraînement dans un
contexte festif ? Contrecoup de la guerre ? Reproduction mimétique de
pratiques occidentales ?… Il faudrait connaître les élèves concernés pour
le savoir.
Ce phénomène n’est pas rare au Liban, mais
cette année, pour le grand malheur du GLFL, les images du ramdam ont fuité et
se sont retrouvées sur les réseaux sociaux, dont on connaît le pouvoir
amplificateur. L’établissement a dû faire face à une avalanche de critiques
parfois mesurées, souvent excessives et malveillantes. Des milliers d’internautes
se sont transformés en autant de procureurs prompts à porter des jugements
simplistes, sans rien connaître du contexte ni des faits.
En même temps, nous sommes au Liban :
dans quelques semaines, l’affaire sera oubliée. (16/5/26)
Incurie
Je l’ai aperçu sur un trottoir de Aïn
el-Rémméneh, courbé sur un déambulateur, emmitouflé dans un manteau élimé et une
vieille écharpe alors qu’il faisait 25°C. Il semblait assez jeune, mais tout en
lui respirait la maladie : la silhouette lourde, le teint terreux, le
geste lent. Ses yeux hagards ont croisé les miens et j’ai compris qu’il avait
besoin d’aide. Était-il perdu ? Cherchait-il son chemin ? Avait-il fait
tomber quelque chose qu’il n’arrivait pas à ramasser ?
D’une voix essoufflée qui sortait par bribes de ses lèvres, il m’a expliqué qu’il voulait simplement traverser la rue et qu’il n’y arrivait pas. J’ai regardé autour de moi : en effet, les véhicules garés formaient une barrière compacte qui l’empêchait de rejoindre la chaussée. La partie abaissée du trottoir (le « bateau »), aménagée pour les poussettes et les fauteuils roulants, était également obstruée par une voiture, comme partout à Beyrouth.
L’homme au déambulateur a dû parcourir plusieurs dizaines de mètres pour pouvoir traverser la rue. La première des quatre rues qu’il lui restait encore à franchir pour parvenir à sa destination. (15/5/26)
La maison
Hussein Ali Faqih a construit sa maison
pierre par pierre à Srifa, dans le sud du pays. Tout l’argent qu’il mettait de
côté, il le consacrait à cette demeure qui était sa raison d’être, sa fierté,
sa boussole. Il était heureux d’offrir à sa famille un toit digne et des murs
solides qu’il pourrait, un jour, léguer à ses enfants.
Mais la guerre est passée par là. La guerre
qui a été décidée, déclenchée et menée sans lui. De sa maison, fruit de longues
années de travail et de sacrifices, il ne reste rien qu’un tas de décombres.
À 87 ans, Hussein ne pouvait se résoudre à abandonner les vestiges de son « beyt » détruit. Chaque jour que Dieu faisait, et jusqu’à la tombée de la nuit, on le voyait errer parmi les ruines, déplaçant les pierres, cherchant un objet à sauver. Quand la fatigue le prenait, il s’allongeait à même les débris et, fermant les yeux, il s’imaginait encore chez lui, dans sa maison d’avant, dans le temps d’avant la catastrophe.
Son cœur a lâché au bout de deux semaines. Trop de peine, trop d’amertume, trop de colère. Il est mort, Hussein Ali Faqih, accablé par le désespoir. Il n’aura pas eu le temps de reconstruire sa maison. À présent, il repose dans cette terre du Sud qu’il aimait, dont les souffrances continueront, elles, longtemps après lui. (6/5/26)
Bons mots
Parle papa
Au cours d’une promenade avec Riwan (deux ans et demi), je suis absorbé par des pensées moroses. Le petit le remarque, me secoue par la main et me dit : parle papa, je n’aime pas le silence. (10/7/20)
Un monsieur bien bruyant
Riwan a été réveillé cette nuit par les coups de tonnerre. Il m’a appelé, pas vraiment apeuré, mais surpris et un peu agacé : il fait beaucoup de bruit le monsieur, il me dérange, il me fatigue ! Je lui ai expliqué que le monsieur, c’est le ciel, et qu’il faut se réjouir de l’orage car il apporte de la pluie aux plantes et aux arbres qui ont soif. Cette explication l’a apaisé. Même s’il a mis du temps à se rendormir, son empathie envers la nature a tempéré son étonnement un tantinet irrité face au tintamarre du monsieur. (2/11/20)
Moustaches
Riwan s’est réveillé cette nuit en s’écriant j’ai des moustaches. Proclamation mystérieuse à l’explication on ne peut plus triviale : mon petit a attrapé un rhume hier et des sécrétions se sont cristallisées sous ses narines pendant le sommeil. D’où la sensation de pilosité au-dessus des lèvres… (12/11/20)
Comme une église
Riwan voit sa mère dans une robe de chambre imprimée de motifs chatoyants. Commentaire du petit : Tu es habillée comme une église. (20/11/20)
Tu parles seul, Papa
Absorbé par mes pensées, je ne m’aperçois pas que l’une d’elles vient de m’échapper pour se faufiler au dehors, parée de mots parfaitement audibles.
C’est Riwan qui me le signale, mi-perplexe, mi-goguenard : tu parles seul, papa ?
Un peu honteux, comme un vieux radoteur pris sur le fait, je lui réponds qu’en effet, j’ai parlé seul, avant d’ajouter : cela t’arrive aussi quand tu joues, non ?
Réplique de Riwan : oui, mais moi, je suis petit.
Je tâcherai de mieux me surveiller à l’avenir ! (3/2/21)
La lune allumée
Hier après-midi, au cours de la promenade, Riwan s’est exclamé :
Regardez, la lune est allumée !
Elle était « allumée » en effet, mais à peine visible : nous l’avons cherchée un bon moment avant de la repérer. Elle formait un mince croissant, minuscule trait curviligne, comme un soupir dans le ciel. (15/2/21)
Saint-Valentin
Ce matin, quatre jours après la Saint-Valentin, Riwan me voit consulter le calendrier.
- On est quel jour, papa ?
- Le 18 février.
- Ah ! Alors on n’est plus amoureux ? (18/2/21)
Néologismes
Ce matin, Riwan nous a servi un de ces néologismes dont il a le secret : Il faut soigner le chat, sinon il va se « remaladier ».
Riwan a-t-il fait preuve de créativité ? Non, plutôt d’esprit logique. Les prétendues fautes des enfants sont la plupart du temps logiques. Ils créent des mots qui pourraient exister, qui devraient exister même, et dont la morphologie est parfaitement en accord avec la structure linguistique de l’idiome qu’ils emploient. Car enfin, ce « remaladier » qui écorche l’oreille et nous a fait sursauter avant de nous faire sourire tout à l’heure, qu’est-il sinon un verbe du premier groupe dérivé du substantif ou de l’adjectif malade, avec un ajout du préfixe re- pour signaler la répétition ?
On devrait laisser aux enfants la liberté d’employer les mots de leur invention, a fortiori lorsque les mots créés sont plus logiques que la langue elle-même. (28/2/21)
Voiture de rien
- Papa, j’ai vu passer une voiture très rapide !
- Une voiture de sport ou une voiture de course ?
- Une voiture de rien... (4/4/21)
Peinture
Riwan surprend sa grande cousine A., âgée de vingt ans, en train de se vernir les ongles. Étonné par la scène, il se précipite chez sa mère en s'écriant : Maman, A. est en train de mettre de la peinture sur ses doigts. Est-ce qu’elle a le droit ? (12/6/21)
Confiscation
Riwan laisse tomber une bille qui rebondit à plusieurs reprises sur le carrelage. Craignant qu’il ne récidive et soucieux de ne pas déranger notre voisine du dessous, j’engage mon rejeton à plus de vigilance, l'avertissant qu’il s’exposera à se voir confisquer sa bille s’il s’avise de la laisser retomber.
Un peu plus tard, Riwan se met à taper du pied par terre, de toutes ses forces, comme aiment à le faire les enfants. Prié de cesser son tapage par égard pour la pauvre dame du sixième, il me regarde malicieusement et me lance avec un sourire irrésistible : tu vas me confisquer mon pied ? (18/6/21)
Rentrée
Rentrée scolaire de Riwan ce matin. Il a pris sur lui le brave garçon. Venant d’une minuscule structure où, dans le meilleur des cas, il se retrouvait avec cinq autres enfants en classe, le voilà débarqué dans un immense établissement grouillant de gamins de tous les âges. L’espace est nouveau, le nombre d’élèves impressionnant, les institutrices jamais vues, la classe surpeuplée… C’est beaucoup pour une petite créature de trois ans et neuf mois, mais il a bien géré son stress, notre bonhomme, nous lançant à un moment, d’une voix qui trahissait son trouble : cet après-midi, je vous raconterai ma journée.
Riwan ignorait sans doute que ses parents étaient tout aussi stressés que lui, sinon plus, et que depuis la veille, du fond de leur propre histoire, remontaient les relents de leurs vieilles terreurs enfantines. (13/9/21)
Pirate
Sans le faire exprès, Riwan m’envoie un gland de chêne en pleine figure.
- Tu as failli m’éborgner ! lui dis-je.
- Oui, mais si tu perds un œil, tu seras un pirate.
En effet. Je n’avais pas vu les choses sous cet angle. (26/9/21)
Josier
Riwan a participé à la cueillette des noix (joz en arabe) chez une amie de sa grand-mère à Aïn el-Kharroubeh dans le Metn. Il en est rentré les mains enduites de taches de brou, qu’il m’a montrées fièrement.
À ma question de savoir comment on appelle l’arbre qui donne des noix en français, Riwan m’a répondu sans hésiter : le jozier. (11/10/21)
Cours en ligne
Nous surprenons Riwan, bientôt quatre ans, en train de transbahuter son petit bureau dans le couloir pour l’installer dans un coin tranquille du salon. Il a l’air concentré et grave.
- Qu’est-ce que tu fais ? lui demande sa mère.
Il répond sur un ton pressé :
- J’ai un cours en ligne, les étudiants m’attendent ! (19/10/21)
Tout rouillé
Riwan mange des fruits secs. Il choisit un grain de raisin, le mâche avec circonspection, avant de s’exclamer : c’est du raisin tout rouillé ! (28/10/21)
Dinosaures
Visite du Parc des Dinosaures à Aajaltoun hier avec Riwan. Un circuit traverse une belle chênaie en pente où des dinosaures grandeur nature accueillent les visiteurs avec des rugissements féroces. En se promenant parmi les tyrannosaures, les stégosaures et autres bêtes aux mâchoires voraces, Riwan nous demande à plusieurs reprises, mi-sérieux mi-badin, si les dinosaures ne vont pas le manger. À l’un d’eux, il lance sur le ton du défi : je n’ai pas peur de toi, et puis d’abord tu n’existes plus depuis longtemps. (1/11/21)
La bouche des enfants
Je redoute toujours un impair quand Riwan et moi prenons l’ascenseur avec un voisin ou un étranger. Ce matin, tandis que nous montons du sous-sol, un individu nous rejoint au rez-de-chaussée. Riwan le toise avec le sourire, avant de déclarer : il est grand le monsieur ! Jusque-là, tout va bien. Mais deux étages plus haut, il sort imperturbablement : il a quand même un gros ventre ! (7/11/21)
Tarzan
Sur le chemin de l’école, Riwan (4 ans aujourd’hui) me déclare d’un air pénétré :
- Tu sais, papa, Tarzan ne porte qu’un pagne, parce qu’il fait chaud là où il habite. Mais quand il vient à Beyrouth, il met des vêtements et des chaussures.
Je n’avais jamais imaginé Johnny Weissmuller en costume de ville à Beyrouth. Voilà chose faite. (7/12/21)
Clémence
Riwan savoure les jeux de rôles. Ce matin, il incarne le personnage d’un juge qui examine le cas d’un fieffé bandit campé par son papa.
- Qu’est-ce que tu as volé ? me demande-t-il les sourcils froncés, la voix dure.
- Des pièces d’or à la banque.
Son expression s’adoucit. Il marque une longue pause, l’air d’hésiter sur le verdict, puis s’exclame :
- Bon, ce n’est pas très grave. Je vais t’envoyer en prison, mais je laisserai la porte ouverte. (12/12/21)
Irritant
M’étant emmêlé les pinceaux dans un jeu dont j’avais mal saisi les règles biscornues fixées par mon petit, ce dernier me sort avec un mélange de désespoir et de commisération :
- Tu es irritant, papa !
Je suis irritant !
Il n’est pas donné à tout le monde de se faire moucher par son mioche avec autant de classe. (29/12/21)
Super
Moi, dans le rôle du pompiste :
- Marhaba éstéz.
Riwan très affairé, les sourcils froncés, la voix grave :
- Marhaba. Fawwéla éza bétrid.
- Tékram éstéz. Béddak super amma aadé ?
- Super aadé ! (10/1/22)
Ridules
Riwan s’approche de moi, scrute longuement les ridules autour de mes yeux et s’exclame :
- Tu as les yeux cassés, Papa !
Puis, se ravisant :
- Je veux dire fissurés. (20/2/22)
Juste l’attendre
Moi – Tonton I. va nous quitter jeudi prochain.
Riwan (surpris, presque choqué) – Mais pourquoi ?
– Il doit rentrer chez lui, en France.
– Bon, alors je l’attendrai.
– Tu es triste ?
– Non.
– Tu es content ?
– Non. Je ne suis ni triste ni content. Je vais juste l’attendre. (25/2/22)
Bisous
Question de Riwan, tout à l’heure, alors que nous attendions l’ascenseur au sous-sol :
Dis, Papa, les bisous, c’est sucré comme les bonbons ? (7/3/22)
Cadeau
Riwan prépare en classe la fête des Mères, qui a lieu le premier jour du printemps au Liban, soit lundi prochain. Ce matin, après m’avoir considéré quelques instants, il me lance sans sourciller :
- Toi, pour la fête des pères, je vais t’envoyer à Tombouctou. (15/3/22)
Secret chuchoté
Dans le cadre des préparatifs pour la fête des Mères, célébrée le 21 mars au Liban, Riwan a confectionné un cadeau en classe à l’intention de sa maman. Il m’en parle et m’explique qu’il va le lui remettre demain. Ce sera une belle surprise, ajoute-t-il, elle sera très contente.
Soudain, emballé par cette perspective, il s’écrie :
- Je vais aller le lui dire maintenant !
Je l’arrête de justesse :
- Mais si tu le lui dis maintenant, ce ne sera plus une surprise !
Il hésite, réfléchit un moment, puis me répond à voix basse :
- Bon, alors, je vais le lui chuchoter. (20/3/22)
Garde mes affaires
Riwan discute via Skype avec son tonton installé en France. Pris d’un besoin pressant, il pose la tablette sur le lit, enlève sa veste et dit à son oncle :
- Garde mes affaires, je reviens tout de suite. (29/3/22)
Quelqu’un à l’intérieur de moi
Pris en faute, à court d’arguments pour justifier sa bêtise, Riwan nous sort avec un sérieux imperturbable : ce n’est pas moi qui ai fait ça, c’est quelqu’un à l’intérieur de moi. (18/4/22)
Chaussettes
À la faveur d’une distraction, je n’ai pas remarqué que Riwan avait enlevé ses chaussettes. Je lui demande donc de les ôter pour entrer dans le bain.
- Mais tu ne vois pas que je les ai enlevées ? Tu veux que j’enlève ma peau maintenant ? (26/4/22)
C’est la vie
Après avoir écouté patiemment les complaintes d’un petit garçon plus jeune que lui, Riwan s’exclame, l’air navré :
- Eh oui, qu’est-ce que tu veux ? C’est la vie ! (6/5/22)
Un lundi matin
Je roule sur un tapis de jacaranda, Papa.
Voilà le genre de phrases qui vous requinque un homme un lundi matin !
Et il est vrai qu’il était beau, ce tapis de jacaranda, d’un éclat bleu lavande qui illuminait la rue de Damas sur le chemin de l’école. (30/5/22)
La fille marron
Aux Franciscaines, faisant les cent pas sous les ficus, je surveille Riwan de loin. À un moment, je crois le voir jouer avec Milan, un garçon à la tignasse abondante et crépue qui partage ses jeux parfois.
Quand Riwan vient me retrouver, je lui demande s’il s’est bien amusé avec Milan. Il me toise d’un air affligé et me sort :
- Mais Papa, je jouais avec une fille, pas avec Milan ! Milan est blanc, alors que la fille est marron ! (9/6/22)
Sourire
Tandis qu’il chemine à vélo en direction de l’école, Riwan me déclare, un tantinet vexé :
Il y a une dame qui m’a regardé sans me sourire !
Quand les enfants remarquent les visages qui ne leur sourient pas, les adultes, eux, remarquent ceux qui leur sourient. Question de fréquence. (14/6/22)
Dans ma tête
Voilà quelque temps que Riwan se dispense de répondre aux salutations des voisins. Il se contente d’un léger sourire, les lèvres closes. Ce matin, je lui en ai fait la remarque, attirant son attention sur les règles de la civilité qui nous imposent de répondre au bonjour des connaissances.
- Mais papa, rétorque Riwan sans ciller, je dis bonjour dans ma tête. Ce n’est pas ma faute si les gens n’entendent rien. (29/7/22)
Gai mariage
Riwan confirme son intérêt pour les questions de genres.
Dernier épisode en date, cette conversation entre lui et sa mère :
- Est-ce qu’un garçon peut se marier avec un autre garçon ?
- C’est rare. En général, un garçon épouse une fille.
- Pourquoi ? Parce que c’est plus joyeux ? (9/8/22)
Le camion
- Papa, regarde le gros camion.
- Il va où à ton avis ?
- Il va sur son chemin. (18/8/22)
De l’eau, pas des larmes
Riwan me révèle qu’il s’est fait mal en tombant au centre de loisirs. Il me désigne sa lèvre supérieure, légèrement enflée en effet, puis me raconte comment il a perdu l’équilibre.
Je lui demande s’il a pleuré.
- Non, me dit-il. Mais de l’eau est sortie de mes yeux. (26/8/22)
Trois
Nous roulons du côté de Beit Mery. La radio diffuse une vieille chanson de Bernard Sauvat.
L’amour, il faut être deux, roucoule suavement le chanteur romantique.
Non, il faut être trois ! corrige Riwan avec aplomb. (29/8/22)
Consolation
Riwan a repris le chemin de l’école hier. Bilan de cette première journée ?
- C’est bien, les maîtresses sont gentilles, mais beaucoup d’enfants ont pleuré. J’ai passé mon temps à les consoler et je n’ai pas pu jouer.
Il ne faut pas avoir l’oreille très fine pour constater qu’un aveu se dissimile derrière ce récit : Riwan est coutumier des narrations transitives où un tiers se trouve chargé de ses maux et de ses faiblesses, une sorte de bouc-émissaire fictif qui le purge de ses peines.
Je lui demande s’il a pleuré lui-même.
- Oui, un peu, admet-il après une courte hésitation.
- C’est normal, lui dis-je, il ne faut pas en avoir honte.
- Oui, mais moi, personne ne m'a consolé : je me suis consolé tout seul. (13/9/22)
Un mur d’étoiles
Riwan, ce matin :
- J’ai fermé les yeux, et derrière mes paupières, j’ai vu un mur d’étoiles. C’était vraiment très beau. (10/11/22)
Composition
Sur le chemin de l’école, Riwan fredonne un air de son cru qui me paraît mélodieux quoiqu’un brin mélancolique. Je lui suggère qu’il pourrait ajouter des paroles à sa musique afin d’en faire une chanson.
- Tu sais, cet air, je l’ai composé il y a cinq ans ! me réplique Riwan.
Je lui rappelle qu’il y a cinq ans, il n’était pas né : il était encore dans le ventre de sa mère.
- Oui, mais moi, dans le ventre de maman, je composais déjà de la musique ! (29/11/22)
Demande à Google
En retrouvant sa grand-mère après l’école, Riwan vérifie auprès d’elle une information qu’il vient d’entendre dans la bouche d’un camarade :
- Dis, Téta, quand on meurt, c’est vrai qu’on se transforme en ange ?
Prise de court, la grand-mère esquive en prétendant l’ignorance.
Réponse de Riwan :
- Si tu ne sais pas, va voir sur Google ! (6/12/22)
On se voit beaucoup
Depuis quelque temps, Riwan manifeste un désir d’émancipation à notre égard, ce qui est plutôt rassurant pour un enfant unique. Un exemple parmi d’autres : hier, il était invité à un anniversaire dans un centre d’attraction. Sur le chemin, il demande à sa mère ce qu’elle compte faire pendant la fête.
- Je ne sais pas, lui dit Nayla. Tu préfères que je reste ou que je parte ?
Réponse de Riwan :
- Il vaut mieux que tu partes. On se voit beaucoup à la maison ! (13/12/22)
Et leurs shorts ?
Nous avons montré ce matin à Riwan une photo de Hakimi et Mbappé échangeant leurs maillots après le match d’hier, afin de lui expliquer l’importance de l’esprit sportif et du respect mutuel entre les joueurs.
L’idée a plu à Riwan Il avait quand même une question :
- Ils ont échangé leurs shorts aussi ? (15/12/22)
Désordre
Riwan ne retrouve pas un jouet à l’endroit où il l’a laissé la veille. Apprenant que sa mère l’a déplacé, il s’exclame avec une feinte indignation :
- Maman dit qu’elle n’aime pas le désordre, et elle met du désordre elle-même ! (29/12/22)
Surprendre la terre
Hier soir, au moment de rejoindre Riwan pour lui lire une histoire, je le vois qui scrute le plafond et le luminaire. Il semble concentré, avec l’air d’un félin prêt à bondir sur sa proie.
Je lui demande ce qu’il regarde.
Réponse de Riwan :
- Je veux surprendre la terre en train de tourner. (2/1/23)
Elle va te manquer
Riwan a souvent besoin d'un intermédiaire, ou d'un élément transitionnel, pour exprimer ce qui le préoccupe.
Tout à l’heure, alors que sa mère venait de partir en voyage, il m’a déclaré de but en blanc :
- Elle va te manquer, ta mariée ! (17/1/23)
Pas si rares
Nouveau séisme fortement ressenti à Beyrouth.
Réaction agacée de Riwan :
- Qu’est-ce que vous racontez ? Ce n’est pas si rare, les tremblements de terre !
Riwan s’est endormi avant d’apprendre la "bonne nouvelle" : le ministre de l’Éducation nationale a ordonné la fermeture des écoles pour demain. (20/2/23)
Formation continue
Ce matin, soucieux d’améliorer mes performances de professeur, Riwan m’a remis un tampon rouge doté d'un visage souriant :
- Tiens papa. Quand un de tes élèves donne une bonne réponse, tu lui mets un tampon sur la main.
Quelle excellente idée ! J’ai hâte d’appliquer cette méthode sur mes étudiantes de master, dont certaines ont dépassé la quarantaine. (4/3/23)
Paradoxe du barbier
Riwan apprend qu’on lui a pris un rendez-vous chez le coiffeur pour raccourcir sa tignasse. Je m’attends à ses protestations habituelles, au lieu de quoi il me fixe songeusement, avant de lancer :
- Mais si le coiffeur coupe les cheveux des gens, qui coupe les cheveux du coiffeur ? (9/3/23)
L’aisselle du genou
Riwan désigne son jarret et me demande :
- Comment on appelle cette partie du corps : l’aisselle du genou ?
Logique imparable des enfants. (19/3/23)
Fête des frères et des sœurs
Riwan s’est exclamé ce matin : Fête des mères, fête des enfants, fête des pères, fête des grands-mères…! Et pourquoi pas fête des frères et des sœurs ?
Je lui ai expliqué qu’il y avait bien une journée des frères et des sœurs, célébrée le 10 avril. Une question – lacanienne – m’a alors traversé l’esprit : et si en parlant de la « fête des frères et des sœurs », Riwan nous disait en réalité, du fond de son inconscient, « faites des frères et des sœurs » ? (23/3/23)
Amoureuses
Ce matin, sur le chemin de l’école, Riwan me confie :
- Je suis amoureux de C. Elle est mignonne et gentille.
- C’est très bien. Et elle, tu penses qu’elle est amoureuse de toi ?
- Oui, elle m’aime beaucoup.
Après un silence, il ajoute :
- L. aussi est amoureuse de moi, mais je ne lui fais pas confiance, elle change tout le temps d’avis.
Mimétisme ou inclinations sincères ? Peut-être un peu des deux. (5/4/23)
YouTube
Riwan est sensible à la cause animale, en particulier celle des oiseaux. Il abhorre les chasseurs et ne supporte pas de voir des oiseaux en cage.
Aujourd'hui, en passant devant la terrasse d’une maison encombrée de plusieurs cages où gazouillent une flopée d’oiseaux, il fustige les propriétaires qu’il qualifie de méchants. Me faisant l’avocat du diable, je lui explique que les habitants de cette maison aiment le chant des rossignols et des canaris.
Réponse de Riwan :
- Ils n’ont qu’à les écouter sur YouTube ! (7/4/23)
L’étymologiste
Riwan est en pleine période étymologique. Il a compris que les mots n’étaient pas des entités surgies ex nihilo, mais le résultat d’une histoire faite de combinaisons et d’évolutions. Quand il ne nous interroge pas sur l’origine d’un mot, il s’essaie lui-même à des interprétations étymologiques qui ne manquent pas de sel. Ainsi de « chaudron », qui viendrait selon notre linguiste en herbe des mots « chaud » (ce qui n’est pas inexact) et « rond », un chaudron ayant la particularité d’être à la fois souvent chaud et toujours rond. (12/6/23)
Honoraires
Pendant un jeu de rôles, je me retrouve dans le rôle du patient et Riwan dans celui du médecin. La consultation terminée, je demande au praticien combien je lui dois. Réponse de Dr Riwan :
- Rien. Vous me payerez si vous guérissez. (15/6/23)
Et si j’éternue ?
Riwan me réclame une dérogation pour quitter son lit et aller jouer au salon alors qu’il n’est pas six heures. Dérogation accordée à condition de ne faire aucun bruit, car maman et les voisins dorment encore.
Quelques minutes plus tard, Riwan revient me voir, l’air inquiet :
- Mais si j’éternue, ça va ? (1/7/23)
Procureur
Riwan me surprend avec cette déclaration surgie de nulle part :
- Tu n’aimes pas ton papa, toi !
Je lui demande pourquoi.
- Parce que tu ne parles jamais de lui.
Mon père est décédé il y a vingt ans. Je me rends compte qu’en effet, je ne l’évoque guère devant mon fils.
Impression d’être pris en faute par un procureur en culottes courtes, aussi sagace que redoutable. (2/8/23)
Les soldats n’aiment pas mes livres
Tandis que nous rentrons d’une virée sur la corniche, Riwan aperçoit un soldat au loin. L’occasion pour lui de me faire une déclaration stupéfiante :
- Tu sais, j’ai peur que les soldats te fassent du mal, parce qu’ils n’aiment pas tes livres !
J’en reste sans voix. Pourquoi me dit-il cela ? Que sait-il de mes livres ? Je ne lui en ai jamais parlé moi-même. Quelle pensée, quelle intention, quel sentiment se cachent derrière cette phrase sibylline ? J’essaie d’en savoir plus : Riwan se dérobe, affiche un sourire énigmatique et finit par me dire qu’il « plaisantait ». Malgré mes tentatives, je n’ai rien pu obtenir de plus.
Peut-être plaisantait-il en effet. Et peut-être pas. (18/8/23)
Déjà prises
Petit échange entre Riwan et moi à l’heure du bain.
- Je ne veux pas me marier quand je serai grand !
- Ah bon ! Et pourquoi ?
- Parce que toutes les femmes sont déjà prises. (7/12/23)
Je ne comprends pas
À la faveur d’un moment d’inattention, Riwan a vu des images qu’il n’aurait pas dû voir : une bombe s’écrasant sur un immeuble qui s’effondre dans un nuage de poussière. Il a posé une rafale de questions auxquelles on s’est efforcé de répondre. À la fin (provisoire) de l’échange, il s’est exclamé :
- Mais la guerre, c’est idiot !
Puis, les sourcils noués, il a ajouté :
- Je ne comprends pas pourquoi Dieu laisse faire ça. (27/12/23)
L’horloge du ciel
Riwan à son réveil :
- Je n’ai pas eu besoin d’horloge ce matin ! C’est le ciel qui m’a dit l’heure. (6/1/24)
Aporie
Question aporétique de Riwan ce matin :
- Si tu ne m’avais pas eu, est-ce que tu aurais pensé à moi ? (11/3/24)
Le Roi-Pluie
Riwan aime la pluie. C’est loin d’être un garçon mélancolique attiré par la grisaille, mais il a toujours aimé la pluie dans tous ses états : ondée, bruine, averse venteuse…
Ce matin, après avoir découvert le surnom de Louis XIV, Le Roi-Soleil, il m’a demandé très sérieusement :
- Et il n’y a pas de Roi-Pluie ? (31/3/24)
Question
Riwan, songeur, un rien inquiet :
- Est-ce que la vie est belle, Papa ? (16/5/24)
Les chats
Riwan ce matin : « Est-ce que les chats sont gauchers ? » (20/7/24)
