La maison

Hussein Ali Faqih a construit sa maison pierre par pierre à Srifa, dans le sud du pays. Tout l’argent qu’il mettait de côté, il le consacrait à cette demeure qui était sa raison d’être, sa fierté, sa boussole. Il était heureux d’offrir à sa famille un toit digne et des murs solides qu’il pourrait, un jour, léguer à ses enfants.

Mais la guerre est passée par là. La guerre qui a été décidée, déclenchée et menée sans lui. De sa maison, fruit de longues années de travail et de sacrifices, il ne reste rien qu’un tas de décombres.

À 87 ans, Hussein ne pouvait se résoudre à abandonner les vestiges de son « beyt » détruit. Chaque jour que Dieu faisait, et jusqu’à la tombée de la nuit, on le voyait errer parmi les ruines, déplaçant les pierres, cherchant un objet à sauver. Quand la fatigue le prenait, il s’allongeait à même les débris et, fermant les yeux, il s’imaginait encore chez lui, dans sa maison d’avant, dans le temps d’avant la catastrophe.

Son cœur a tenu deux semaines, avant de lâcher. Trop de peine, trop d’amertume, trop de colère. Il est mort, Hussein Ali Faqih, accablé par le désespoir. Il n’aura pas eu le temps ni la force de reconstruire sa maison. À présent, il repose dans cette terre du Sud qu’il aimait, dont les souffrances continueront, elles, longtemps après lui. (6/5/26)