Incurie
Je l’ai aperçu sur un trottoir de Aïn
el-Rémméneh, courbé sur un déambulateur, emmitouflé dans un manteau élimé et une
vieille écharpe alors qu’il faisait 25°C. Il semblait assez jeune, mais tout en
lui respirait la maladie : la silhouette lourde, le teint terreux, le
geste lent. Ses yeux hagards ont croisé les miens et j’ai compris qu’il avait
besoin d’aide. Était-il perdu ? Cherchait-il son chemin ? Avait-il fait
tomber quelque chose qu’il n’arrivait pas à ramasser ?
D’une voix essoufflée qui sortait par bribes de ses lèvres, il m’a expliqué qu’il voulait simplement traverser la rue et qu’il n’y arrivait pas. J’ai regardé autour de moi : en effet, les véhicules garés formaient une barrière compacte qui l’empêchait de rejoindre la chaussée. La partie abaissée du trottoir (le « bateau »), aménagée pour les poussettes et les fauteuils roulants, était également obstruée par une voiture, comme partout à Beyrouth.
L’homme au déambulateur a dû parcourir plusieurs dizaines de mètres pour pouvoir traverser la rue. La première des quatre rues qu’il lui restait encore à franchir pour parvenir à sa destination. (15/5/26)