Déréliction

Tsahal a sommé les habitants de la banlieue sud de quitter leurs maisons. En moins d’une heure, tous les axes autour de Dahieh étaient bouchés. Partout des véhicules surchargés de passagers et de bagages tentaient d’avancer, pare-chocs contre pare-chocs, en direction du nord ou de l’est. Le chemin du sud leur était interdit en revanche : le communiqué de l’armée israélienne a menacé de mort toute personne qui s’aventurerait à prendre la route de Saïda.

Ainsi, des dizaines de milliers de familles, réduites à l’état de bétail humain, ont été brutalement chassées de leurs foyers et jetées sur les routes. On leur fait payer, de façon injuste et absurde, les ripostes dérisoires du Hezbollah à la gigantesque agression israélienne. Tsahal reproduit au Liban le schéma de Gaza, disposant des populations civiles comme d’une variable d’ajustement, dans un mépris total des conventions internationales. Le ministre des Finances Bezalel Smotrich, incarnation de la haine aveugle et féroce qui a pris les commandes de son pays, nous a promis de transformer la banlieue sud de Beyrouth en un nouveau Khan Younès. J’ignore ce qu’il y a de pire : l’enfer qu’il nous promet, ou sa jubilation d’avoir rasé une ville de deux cent cinquante mille habitants.

C’est désormais officiel : les Libanais sont livrés sans défense à une tyrannie broyeuse que rien ne semble pouvoir arrêter. Les seules puissances susceptibles de nous aider, la France et l’Europe, n’ont pas les moyens de le faire, et les États-Unis, maîtres du jeu, ont pris fait et cause pour leur allié de toujours. J’ai rarement éprouvé un tel sentiment d’abandon en tant que citoyen libanais. Nous sommes victimes d’un alignement de planètes noires nommées Trump et Netanyahou. (6/3/26)