La vie de l’autre
Dans la nuit du vendredi au samedi, un
commando héliporté israélien a effectué un raid à Nabi Chit, dans la Békaa. Le
but de l’opération n’était ni de détruire une infrastructure du Hezbollah ni d’enlever
un cadre du parti : il s’agissait de récupérer la dépouille de Ron Arad,
un pilote israélien capturé par le mouvement Amal en 1986 et disparu depuis.
Bilan de l’expédition ? Quarante et
un morts, dont nombre de civils alertés par le bruit et exécutés avec des
armes silencieuses. Un ouvrier syrien, sa femme et ses quatre enfants figurent
parmi les victimes. Des habitants de la région ont également été abattus alors
qu’ils tentaient de résister à l’incursion.
Quarante et un morts pour tenter de récupérer les ossements d’un pilote disparu il y a quarante ans. Cette tragédie ne signe pas seulement l’échec d’une opération militaire qui n’a pas atteint son objectif ; elle constitue un effondrement éthique, un de plus, en illustrant une conception essentialiste et hiérarchisée de l’espèce humaine : l’étranger n’est pas seulement l’ennemi ; il est perçu comme appartenant à une humanité de second rang dont on peut disposer à sa guise, quitte à sacrifier des dizaines de ses membres, y compris civils, pour récupérer les restes d’un seul homme... Rarement la vie de l’autre aura compté aussi peu. (9/3/26)