Les nouveaux barbares 

Nous avons été réveillés vers trois heures du matin par une série d’explosions dans la banlieue sud. Riwan s’est précipité dans notre chambre, tout tremblant, puis il m’a entraîné au salon pour voir les colonnes de fumée qui s’élevaient dans le ciel.

Le Hezbollah a subi pendant quinze mois des attaques de la part d’Israël, qui a tué des centaines de ses membres. Durant quatre cent cinquante-cinq jours, il a rongé son frein pour ne pas répondre aux agressions quotidiennes, s’abstenant de toute riposte sous la pression du gouvernement libanais et des États-Unis. Et voilà que cette nuit, pour la première fois depuis le 2 décembre 2024, il a envoyé six missiles sur Israël. Oubliant qu’il avait lui-même commis plus de dix mille violations du cessez-le-feu, l’État hébreu s’est aussitôt déchaîné sur le Liban, entraînant la mort de trente et une personnes.

Compte tenu de la situation du pays, le Hezbollah a eu tort de lancer ces missiles qui, du reste, n’ont servi à rien. Mais les torts incombent surtout au gouvernement israélien et à ses soutiens internationaux, les États-Unis en tête, qui lui laissent les mains libres à Gaza, en Cisjordanie et au Liban, fermant ainsi la porte à toute solution pacifique et durable.

Arc-bouté sur ses armes qu’il refuse de déposer malgré les accords de Taëf, le Hezbollah ne semble pas avoir compris que le monde a changé. Trump, Poutine et Netanyahou nous ont fait entrer dans une nouvelle ère, qui renoue, en réalité, avec la plus ancienne de toutes : celle de la barbarie et des empires, où le plus fort impose sa volonté au plus faible au mépris de la justice et des droits humains. Nous sommes à un tournant fatidique de l’histoire : soit l’humanité parvient à faire prévaloir le dialogue et le droit pour régler les conflits, soit elle court à sa perte en se soumettant à la loi de la jungle.