D’abord, pour la liberté d’expression qu’il offre à son auteur. Contribuer
aux pages d’un organe établi implique inévitablement des contorsions, voire des
concessions éthiques : entre la nécessité de ménager la ligne éditoriale
de l’institution et celle de ne pas heurter son lectorat habituel, la marge de
manœuvre est considérablement réduite et, à moins de s’inscrire dans
l’orientation politique du média hôte, on se retrouve tôt ou tard en
porte-à-faux avec ses propres convictions.
La liberté d’expression englobe le choix des thèmes. N’étant tenu
par aucune consigne, ne subissant aucune injonction d’ordre idéologique ou commercial,
les portes du blog sont ouvertes à tous les sujets et tous les motifs, aussi bénins
ou insolites puissent-ils paraître aux tenants du formatage éditorial.
Le lecteur y trouve également son compte : non seulement il a la certitude de visiter une page affranchie des tutelles idéologiques et financières extérieures, mais son anonymat est préservé. Contrairement aux réseaux sociaux, le lecteur de ce blog n’est ni identifiable, ni traçable, ni sommé d’aligner des pouces de complaisance. Il n’est pas non plus quantifiable en tant que « follower » dans une course à l’égo devenue le paramètre ultime de la valeur et du succès. Pas de système d’abonnement non plus, ni de paiement exigé : ici, l’auteur ne vend pas ses mots. Son espace est un lieu de partage qui échappe à la marchandisation des esprits dans un monde dominé par la pensée libérale.
Le blog permet en outre un contact immédiat entre l’auteur et le lecteur. Quand on publie un livre, il y a un décalage de quelques mois à plusieurs années entre le moment de la production et celui de la lecture. La lecture d’un blog, elle, est concomitante de son écriture, ou peu s’en faut. En cela, elle permet une relation temporellement privilégiée. Le visiteur peut même, s’il le souhaite, réagir à un texte et dialoguer avec l’auteur via l’adresse inscrite au bas de la page.
Certes, le blog présente quelques inconvénients, qui recoupent ceux du journal comme genre littéraire : recul insuffisant par rapport aux faits relatés, perspective fragmentaire, risque de répétition. Il n’en demeure pas moins utile à une époque où la lecture numérique concurrence la lecture sur papier. Le blog ne supplante pas le livre ; il en constitue un précieux complément.