Le bal des hypocrites
Cet énième round de la guerre avec Israël
aura fait des heureux : la classe politique libanaise qui, dans sa
majorité, œuvrait en douce pour le report des élections législatives prévues
initialement en mai prochain. Des mois durant, nous avons assisté à un
spectacle tristement familier : d’un côté, des responsables qui vous
proclament, le regard grave et la main sur le cœur, leur détermination à
maintenir l’échéance à sa date ; de l’autre, les mêmes individus qui se
concertent dans le secret des cabinets pour échafauder le meilleur scénario d’ajournement
sans heurter la population.
La guerre vient de leur offrir le plus imparable
des prétextes : un conflit ravivé, des zones inaccessibles, des tensions
politiques exacerbées. Que demander de plus ? Les affrontements n’avaient
pas achevé leur deuxième tour d’horloge que, déjà, la sentence tombait d’en
haut : renvoi du scrutin. Reste à obtenir l’aval du Parlement, qui sera
une simple formalité.
Et tant qu’à faire, puisque report il y a, allons-y pour deux ans, soit un demi-mandat. Ce qui correspond, affirment tous les journaux, à un souhait américain : Washington aurait suggéré aux décideurs locaux de consacrer la première année de l’ajournement à la démilitarisation du Hezbollah, et la deuxième à la préparation des élections législatives.
Cela dit, regretter le report serait accorder trop de crédit à une démocratie libanaise qui souffre de mille travers : achat de voix autorisé par l’article 62-2 de la loi électorale, découpage des circonscriptions sur mesure, absence de contrôle sur les dépenses de campagne, accès aux médias inégalitaire, chantage à l’emploi, menaces, agressions… Le déni de démocratie ne s’arrête pas au tripatouillage du calendrier. Il est partout, jusque dans les textes de loi et leur application. (5/3/26)