La fin et les moyens
Washington reproche au président libanais
de ne pas avoir mis à profit ses quatorze mois de mandat pour démilitariser le
Hezbollah, sans préciser de quelle manière Joseph Aoun aurait pu désarmer le Parti
de Dieu. Est-ce par la force ? Quelle force ? L’armée libanaise a-t-elle
les moyens de cette mission périlleuse ? Et, surtout, peut-elle courir le
risque d’entraîner le pays dans une nouvelle guerre civile en s’attaquant au
principal parti de la communauté chiite ? Ne risque-t-elle pas, en plus,
de provoquer une scission confessionnelle dans ses propres rangs, comme on l’a
vu en 1976 et 1984 ?
Le recours à la force n’étant pas envisageable, le pouvoir libanais aurait-il pu obtenir le désarmement du Hezbollah par la persuasion politique, alors qu’Israël n’a cessé de cibler le parti depuis le début de la trêve ? Le Hezbollah a été créé par l’Iran et dépend du régime de Téhéran, c’est incontestable, mais il s’agit aussi d’un parti libanais qui a eu le temps, en quarante-quatre ans d’existence, d’écrire sa propre histoire dans le sud et dans l’est du pays. Des centaines de ses membres sont morts pour libérer le Liban de l’occupation israélienne entre 1982 et 2000, des milliers sont tombés sur les champs de bataille en 2006 et depuis octobre 2023. Comment demander aux familles de ces combattants, à leurs compagnons de lutte, à la population qui les soutient, de déposer les armes alors qu’Israël continue de les tuer, de les occuper, de les bombarder, de raser leurs villages ?
Bref, on exige de Joseph Aoun l’impossible et on lui reproche de ne pas l’accomplir. La démilitarisation du Hezbollah est une nécessité pour le Liban. L’unité et la stabilité du pays en dépendent. Mais on se trompe en croyant y parvenir par la force, au lieu d’enlever au Parti de Dieu sa raison d’être en garantissant l’intégrité du territoire et la sécurité de ses frontières. (7/3/26)