Qu’est-ce qu’un monstre ?
La diplomatie américaine exerce des
pressions sur Baabda pour obtenir une rencontre entre Joseph Aoun et Benjamin
Netanyahou. Enlisé dans le bourbier iranien, Trump cherche à redorer son blason
dans la perspective des élections de mi-mandat. Amener le Liban et Israël à des
accords de paix servirait son image considérablement ternie en matière de
politique internationale. Trump n’a pas tort : il faut cheminer vers la
paix. Mais pourquoi commencer par une photo qui affaiblirait Aoun sur la scène
libanaise sans lui donner nulle garantie quant à l’aboutissement des
pourparlers ?
L’ambassadeur américain au Liban, Michel Issa, s’est étonné publiquement hier de la réticence de Joseph Aoun à serrer la main du Premier ministre israélien. Et il a eu ce mot qui restera sans doute dans les annales : Netanyahou n’est quand même pas un monstre ! (M. Issa, d’origine libanaise, a employé le terme local de bah-bah). Cette phrase illustre la déconnexion de la diplomatie américaine par rapport à la réalité du terrain. Que M. Issa aille expliquer aux habitants de Gaza et du Sud que Netanyahou n’est pas un monstre. Ou qu’il nous explique comment on peut qualifier un dirigeant politique qui, pour punir le Hamas de son assaut meurtrier du 7 octobre 2023, a dévasté tout un territoire, provoqué le massacre de dizaines de milliers de civils (dont plus de vingt mille enfants), avant de se déchaîner sur le Liban où, pour riposter à la désastreuse ingérence du Hezbollah dans la guerre, il a semé la mort et la ruine parmi la population civile libanaise.
On ne sert pas la cause de la paix en brûlant les étapes. Serrer une main trempée de sang innocent, comme celle de Netanyahou, qui fait l’objet d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale, est un sacrifice beaucoup trop grand pour le président libanais. S’il doit absolument s’y résoudre, que cela soit après la conclusion d’un accord définitif garantissant la sécurité et la souveraineté des deux pays. La communication, c’est important ; mais pas plus que la justice et la paix. (5/5/26)