L’homme qui a dit non

Il a fallu la France pour qu’il dise non.

Il a fallu la France pour qu’il refuse ce que nous, Libanais de l’intérieur, acceptons contraints et forcés.

Il a dit non, Ali Cherri. Une frappe israélienne a tué ses parents dans leur appartement de Noueiry le 26 novembre 2024, quelques heures seulement avant le début du cessez-le-feu. Le vieux couple se croyait à l’abri dans cet immeuble situé au cœur de Beyrouth, loin du fief du Hezbollah. Ali Cherri aurait pu se murer dans sa peine en maudissant les assassins de ses parents. Mais il a dit non, Ali. Non, ça ne se passera pas comme cela. Non, les assassins n’échapperont pas à leur responsabilité cette fois. Sa citoyenneté française lui a ouvert les portes de la justice. Une justice incertaine, hypothétique, mais une justice quand même. Il a engagé une avocate qui a déposé une plainte en son nom, auprès du pôle crimes contre l’humanité du tribunal judiciaire de Paris, pour « attaque délibérée contre un bien de caractère civil ». Le dossier est solide : dans un rapport paru il y a deux mois, Amnesty International établit que la frappe du 26 novembre 2024 a été menée sans avertissement, en violation du droit international humanitaire.

Non, a dit l’artiste plasticien Ali Cherri. Et son « non » revêt pour nous, au Liban, une importance capitale. Cherri déclare avoir déposé sa plainte dans l’espoir de « sortir du cycle de l’impunité », « pour qu’il n’y ait pas d’autres vies perdues dans cette folie ». Rien n’empêchera ni l’impunité ni la folie, mais le « non » de l’artiste résonne comme un appel à la résistance. (13/4/26)