Les stoïques
Où trouvent-ils leurs forces, ces gens-là ? De quelle étoffe sont-ils faits ? On les voit qui débarquent de leurs voitures surchargées après plus de dix heures de route, considèrent leurs maisons en ruine avec une apparente impassibilité et se mettent aussitôt au travail. Selon l’état des habitations, ils tentent de déblayer une pièce qui servira d’abri à la famille en attendant la reconstruction, ou, si aucun mur ne tient, ils errent parmi les décombres à la recherche d’un meuble à sauver, un document, un souvenir ; puis, au pied des débris, ils entreprennent d’installer une tente avant d’aller trouver une bonbonne de gaz, des bidons d’eau, des vivres.
D’où leur vient ce courage surhumain ? L’attachement à la terre, à la mémoire des lieux où ils ont grandi ? La foi inébranlable qui leur fait dire « hamdéllah » face à toutes les épreuves ? L’adhésion politique à la résistance, coûte que coûte ? Peut-être. L’habitude n’est pas pour rien, non plus, dans leur force d’âme. Voilà un peuple qui, depuis 1978, a connu tellement d’exodes, d’occupations et de destructions qu’il a intégré la catastrophe comme une donnée immuable de l’existence. Aujourd’hui d’ailleurs, alors qu’ils s’installent tant bien que mal dans leurs villages désertés, ils savent que le cessez-le-feu peut voler en éclats d’un moment à l’autre. Ils partiront si nécessaire, mais ils reviendront dès que possible. Rien n’arrêtera leur élan vital. (19/4/26)