Grisaille

Le Liban respire : dix jours de cessez-le-feu ont débuté ce 17 avril. Mais le Liban ne respire que d’un seul poumon. Tant d’incertitudes demeurent, à commencer par l’application réelle du cessez-le-feu sur le terrain. Le précédent du 27 novembre 2024 n’est pas pour nous rassurer : à peine la trêve conclue, Tsahal s’est livré à des raids et des survols du territoire, en invoquant une interprétation extensive des termes de l’accord.

Et quand bien même Israël s’abstiendrait de toute action militaire pendant ces dix jours, quelle solution durable peut-on espérer en l’état ? Les positions des uns et des autres sont inconciliables : le Hezbollah exige le retrait de l’armée israélienne et la libération des prisonniers avant toute discussion sur ses armes ; et le gouvernement israélien conditionne son retrait éventuel au démantèlement du Parti de Dieu. Le défi est énorme pour les deux parties et les négociateurs. Espérons que le pragmatisme et la bonne volonté prévaudront, pour une fois, sur la haine et l’aveuglement.

Le temps est à la grisaille ce matin à Beyrouth. Le ciel a pris les couleurs de nos âmes. Pas de lumière possible, mais pas de noirceur non plus. De l’espoir malgré tout, et une tristesse sans fond face aux souffrances innommables dont nous avons été témoins depuis le 2 mars. (17/4/26)