Le mal libanais
Hormis dans les milieux du Hezbollah à
majorité chiite, le discours communément admis au Liban aujourd’hui est que les
forces légales libanaises doivent être les seules à porter des armes. Tout le
monde s’est découvert une passion fervente pour le pouvoir public et c’est
heureux. Mais qu’on ne s’y trompe pas : cette posture reflète plus souvent une volonté de se démarquer du Hezbollah qu’une réelle adhésion
au principe de l’État. Preuve en est l’incident qui s’est déroulé hier à Saqiet
el-Janzir à Beyrouth : des forces de l’ordre sont venues arrêter un
propriétaire de générateur que la justice avait convoqué à plusieurs reprises, en vain.
L’homme est soupçonné de pratiquer des tarifs indus. Arrivés sur place, les
membres de la « Sécurité d’État » se sont heurtés à un attroupement d’individus
hostiles qui ont cherché à entraver l’opération. Les agents de l’ordre ont tiré
en l’air pour disperser la foule. Finalement, ils ont dû repartir bredouille,
sans avoir mis la main sur le contrevenant.
L’histoire ne s’arrête pas là. Aussitôt la poussière retombée, des voix se sont élevées de partout pour dénoncer, non pas ceux qui se sont opposés aux forces de l’ordre, mais la « Sécurité d’État » et son usage excessif des armes. Le quartier concerné étant à majorité sunnite, les principaux représentants politiques et religieux de la communauté ont exprimé leur solidarité avec la population locale victime, selon eux, d’un abus de pouvoir.
Cet incident est révélateur d’un rapport malsain du citoyen libanais avec les autorités publiques. L’homme qui n’a pas répondu aux convocations de la justice et qui a envoyé ses sbires pour affronter les représentants de l’ordre, s’est inscrit dans une démarche de défi et de défiance à l’égard de l’État, avec l’approbation d’un grand nombre de responsables politiques. En cela, il reproduit une attitude commune au Liban et que nul n’ignore. Ce qu’on rechigne à s’avouer en revanche, est que l’adhésion affichée aux lois de la République n’est que de façade. Le Liban reste ce qu’il a toujours été : un conglomérat de millets. Longue est la route sur le chemin de l’État. (26/4/26)