Terre brûlée
Le cessez-le-feu a été prolongé de trois semaines à partir de ce dimanche à minuit. Un cessez-le-feu tout relatif, car le texte de l’accord autorise Israël à intervenir militairement pour peu qu’il soupçonne le Hezbollah de « préparer » une action hostile à son égard. Le propre des armées en état de guerre étant de se « préparer » perpétuellement à des actions hostiles, il s’agit ni plus ni moins d’un blanc-seing donné à Tsahal pour mener des attaques quand bon lui semble. Une duperie de plus qui ouvre la voie à toutes sortes d’abus. Ce dont Israël ne s’est pas privé dès le premier instant, provoquant aussitôt la riposte du Parti de Dieu.
Outre les raids, les survols du territoire et les exécutions, y compris de la journaliste Amal Khalil tuée le 22 avril, Tsahal met à profit ce délai supplémentaire pour continuer son entreprise de saccage des villages frontaliers. Dans le but d’empêcher tout retour du Hezbollah près de ses frontières, Israël n’hésite pas à raser des dizaines de localités. Les pelleteuses et les bulldozers se déplacent de maison en maison pour les démolir avec méthode. Les photos de certains villages sont insoutenables pour ceux qui les ont connus. À plus forte raison pour leurs habitants : rien ne résiste à l’acharnement des engins, même pas les champs, les arbres, les routes et les cimetières aux tombes profanées.
Pour mesurer la détresse des personnes qui assistent impuissantes à l’anéantissement de leurs villages, il faut imaginer le même sort réservé à son propre village, à son propre quartier réduit en poussière : ce n’est pas seulement une question de lieu ou de pierres ; c’est une affaire de mémoire, d’identité, de rapport au monde, à la vie. Ce que subissent aujourd'hui les habitants des zones dévastées constitue un traumatisme profond qui dépasse de très loin les limites des pertes matérielles. (25/4/26)