Le crépuscule de la raison

La polarisation politique et communautaire atteint des sommets inquiétants au Liban. La haine déverse sa fange partout : réseaux sociaux, presse, médias audiovisuels. La manipulation se nourrit de mauvaise foi, les raccourcis font office d’arguments, le manichéisme se substitue à la nuance qui, seule, peut rendre compte de la complexité de la situation. Pas moyen d’avoir une discussion rationnelle avec les radicaux de l’un ou l’autre camp.

Voudrait-on nous précipiter dans la guerre civile qu’on ne s’y prendrait pas autrement. L’exécutif navigue à vue entre les récifs. Les États-Unis le somment de durcir sa position à l’égard du Hezbollah, alors qu’il n’a pas les moyens politiques et techniques de le désarmer. Tout juste parvient-il à juger pour l’exemple quelques membres du Parti de Dieu, ou à expulser l’ambassadeur d’Iran, ce qui a provoqué une levée de boucliers immédiate dans les rangs chiites.

Le Liban est laissé à l’abandon. L’horizon est sombre, non par absence de solutions, mais parce que les décideurs ne croient qu’à la violence, une violence aveugle et démesurée que le peuple libanais subit dans l’indifférence du monde. En attendant le retour à la raison, dont il ne faut pas désespérer, nous ne pouvons qu’assister impuissants à la dévastation du pays et au massacre des innocents. (25/3/26)