La grande désillusion

Les intentions israéliennes se clarifient de jour en jour : occuper le sud du Liban jusqu’au Litani. Les think tanks radicaux de Netanyahou n’ont rien trouvé de mieux qu’un retour au passé, avec quelques aménagements inspirés de Gaza, comme la démolition intégrale des villages et des infrastructures, avec la création d’un no man’s land. Le paramètre humain ne comptant guère dans leurs calculs stratégiques, ils peuvent sans ciller envisager d’anéantir toute une région, humains, pierres, patrimoine et vergers compris.

Voilà un gouvernement qui somme l’État libanais, par le truchement de Washington, de désarmer le Hezbollah, et qui, dans le même temps, pérennise et renforce le Parti de Dieu en lui donnant une nouvelle légitimité comme un mouvement de résistance contre l’occupation. Au lendemain du 2 mars, nombreux étaient les chiites qui critiquaient ouvertement le Hezbollah ; le discours a bien changé depuis dans la communauté, ce qui ne dédouane pas le parti des erreurs majeures commises depuis l’an 2000, en particulier l’ingérence dans le conflit de Gaza.

Tout en étant son pire ennemi, Israël est aujourd’hui le meilleur soutien du Hezbollah : en l’attaquant quotidiennement pendant la « drôle de trêve », il a compliqué la tâche du gouvernement libanais censé amener le parti à déposer les armes par la voie politique ; en entraînant Trump dans la guerre contre l’Iran, il a provoqué le retour du mouvement chiite dans la bataille ; et, à présent, en cherchant à occuper le sud du Liban, il donne à son ennemi une raison d’être supplémentaire. Lincohérence est totale. À moins que la véritable intention de l’État hébreu ne soit d’annexer le Liban-Sud et de détourner les eaux du Litani, comme en sont persuadés beaucoup de Libanais. La stratégie israélienne s’avérerait alors parfaitement cohérente.

Quoi qu’il en soit, le Liban, qui a bâti des espoirs inconsidérés sur la « trêve » et l’élection de Joseph Aoun, sait désormais qu’il n’est pas près de sortir du cercle vicieux dans lequel il est enfermé depuis 1975. (26/3/26)