Promotion au mérite

Une fonctionnaire des douanes est actuellement poursuivie pour faits de corruption, blanchiment d’argent et abus de pouvoir. On lui reproche notamment une transaction immobilière suspecte : un courtier en douane lui aurait vendu un lotissement coûteux à Kornet Chehwan deux à trois fois moins cher que son prix réel, ce qui laisse supposer un dessous-de-table. L’examen de ses avoirs aurait révélé également un enrichissement illicite : la dame possède une fortune et des propriétés à l’étranger incompatibles avec ses revenus.

La présomption d’innocence doit bénéficier à l’accusée, c’est entendu. Mais de là à ce que le gouvernement la nomme… directrice générale des Douanes ! C’est pourtant ce qui vient d’arriver. Une personne fortement soupçonnée de s’être enrichie grâce à des malversations liées à son poste aux Douanes, se retrouve propulsée à la tête de cette institution réputée pour sa corruption endémique ! Une promotion que l’heureuse élue doit à sa proximité avec un grand parti politique chrétien représenté par quatre ministres au gouvernement. Et comme pour ajouter la provocation à l’indécence, la nouvelle directrice générale des Douanes a célébré sa nomination lors d’une cérémonie filmée, une coupe de champagne à la main, en rendant hommage au président de la République qui a appuyé sa candidature (comme l'ensemble du gouvernement, à l'exception du ministre de la Justice, M. Adel Nassar). 

La nomination de cette fonctionnaire est d’autant plus incompréhensible que, par ailleurs, elle est poursuivie pour négligence dans le dossier de l’explosion du port de Beyrouth : on l’accuse d’avoir contribué, par son inaction, à la catastrophe du 4 août 2020 qui a entraîné la mort de plus de deux cents personnes.

Voilà donc le nouveau Liban qu’on nous promet chaque soir et chaque matin, beaux discours et déclarations solennelles à l’appui. Hormis les bonnes intentions affichées en haut lieu, il est difficile de déceler le moindre changement concret dans les pratiques de l’État. Avec cette lamentable nomination, nous avons même la preuve du contraire : les vieux démons continuent de hanter les coulisses du pouvoir. (16/1/26)