Le prince saoudien
Nul n’ignore la servilité des hommes politiques libanais envers les puissances étrangères. Dès le XIXe siècle, ils ont pris le pli de s'appuyer sur leurs tuteurs étrangers pour asseoir
leur pouvoir et leur fortune ; en contrepartie, ils exécutent à la lettre
les directives de
leurs protecteurs, se muant en pions fidèles sur l’échiquier local. Les jolis
mots de « liberté », d’« indépendance » et de
« dignité » sont bons pour les discours ; la réalité a des
exigences plus pragmatiques.
Une nouvelle preuve de cette inféodation à l’étranger vient d’éclater au grand jour sous une forme singulièrement grotesque : un garagiste du Akkar, Moustafa al-Hassian, s’est fait passer pour un prince saoudien proche de la cour wahhabite. Avec la complicité d’un dignitaire religieux bien connu, Cheikh Khaldoun Oraymet, il a pu entrer en contact téléphonique avec plusieurs responsables politiques et hommes d’affaires sunnites. Ces derniers, croyant avoir affaire à un délégué du pouvoir saoudien, ont suivi ses « conseils » lors des consultations parlementaires pour la désignation du Premier ministre. Certains lui ont même versé des sommes importantes (on parle de centaines de milliers de dollars), en espérant obtenir les faveurs de Riyad et des contrats juteux.
Ce scandale pourrait prêter à sourire s’il n’était le symptôme d’un mal profond qui ronge le Liban. La dépendance à l’égard de l’étranger ne porte pas seulement atteinte à la crédibilité du pays ; elle menace son unité et sa stabilité en nourrissant les dissensions, l’incurie et la corruption. Tant que nous serons gouvernés par des hommes sous influence, nous resterons ce que nous sommes : un peuple divisé dans un État bancal. (7/1/26)