Jeux de rôle
Riwan passe
son temps à camper des rôles et à m’en assigner d’office : maintenant
je suis un chaton et toi, tu es un chat, maintenant je suis une souris et tu es
un lion, je suis un lapin et tu es un cerf, je suis un jaguar et tu es un
léopard, je suis le monsieur et tu es le boulanger, je suis Tchoupi et tu es
Pilou, nous sommes deux chats, deux chiots, deux pompiers, etc. Les
jeux de rôles durent quelques dizaines de secondes chacun, mais ils absorbent
Riwan corps et âme, lui dictant toute une panoplie de mimiques, de postures et
de sons divers. Si, de mon côté, je n’incarne pas mon personnage avec assez de
conviction, je suis rappelé à l’ordre sur un ton sévère : non,
parle comme un lion ou parle comme un boulanger ! Ce
que je me hâte de faire sous le regard vigilant de mon partenaire.
Ces jeux de
rôles sont des révélateurs précieux de l’état affectif et de la personnalité en
construction de Riwan Ils ont beau me lasser parfois (leur nombre s’est accru
avec le confinement !), j’y trouve souvent du plaisir, en plus d'une
matière abondante à réflexion et à discussion avec Nayla (21/2/21)
Le petit
frère
Riwan s’est
inventé un petit frère, non pour s’assurer un compagnon de jeu,
mais pour se décharger sur lui de ses tentations coupables. Quand il a envie de
faire une bêtise, il accuse ce petit frère de faire lui-même
la bêtise en question, ce qui lui permet de nommer l’acte interdit et de s’en
délivrer momentanément. Le petit frère, c’est son bouc
émissaire. Il lui fait endosser la responsabilité de l’acte virtuel qui le
tente. À travers lui, il se purge et régule ses pulsions.
Parfois
cependant, la tentation est trop forte et Riwan ne peut résister à la
transgression. Il cède alors, en prenant néanmoins la précaution de nous
avertir pour parer à nos reproches : Regardez ce que mon petit
frère fait, mais moi, je lui dis que ce n’est pas bien !
Riwan finira
par se lasser de son stratagème, ou par en mesurer les limites. En attendant,
il en profite. Nous aussi. (21/5/21)
Fiction
Riwan a
toujours été féru de jeux de rôles. S’il fallait comptabiliser le nombre de
personnages qu’il a incarnés et qu’il nous a fait incarner, nous rivaliserions
sans doute avec tous ses héros de livres, vidéos et contes réunis. Or Riwan
vient de franchir un nouveau cap dans la fiction : il ne s’agit plus de
nous assigner des rôles en nous sommant de parler et d’agir en conformité avec
nos personnages, mais d’élaborer un scénario complet dont nous devons mémoriser
les dialogues et les scènes. Je suis Amir, tu es Jad. Je veux entrer
sous ta tente, mais toi tu ne veux pas. Alors je t’apporte un cadeau et alors
tu acceptes. Puis toi tu sors pour pêcher un poisson. Après tu reviens et tu me
le donnes, et moi je le remets dans l’eau parce que le poisson est heureux dans
l’eau, etc., etc. Il faut bien retenir son rôle et le jouer avec
conviction. Gare aux trous de mémoire : le metteur en scène veille au
grain et n’hésite pas à tancer ses acteurs au moindre relâchement.
Le plaisir
évident que Riwan tire de ces jeux de rôles révèle combien la fiction comble
des besoins essentiels chez lui. En cela rien ne le distingue de l’adulte
lecteur de romans ou spectateur de séries télévisées. À ceci près que
Riwan, lui, invente et incarne ses propres fictions. (25/6/21)
Petit frère (encore)
Faute
d’avoir un petit frère, Riwan s’en est inventé un qu’il me somme d’incarner
plusieurs fois par jour. La fonction de ce petit frère oscille entre deux rôles
principaux : celui de souffre-douleur et celui de faire-valoir. Quand il a
besoin de passer sa colère sur quelqu’un, il s’en prend à son cadet imaginaire,
tantôt en l’accablant de tous les maux, tantôt en lui prêtant des intentions
malignes, ou encore en le punissant pour ses innombrables bêtises. Son frère
lui est utile aussi lorsqu’il a besoin de se valoriser dans les tâches
quotidiennes en comparant ses performances à celles forcément médiocres de sa
créature.
Le petit
frère, qui peut s’éclipser à certaines périodes, est omniprésent lorsque Riwan
traverse des zones de turbulence, comme en cette période de rentrée scolaire où
le cadet imaginaire est sollicité en permanence. (19/9/22)