L’épave du salut
Des milliers de Syriens travaillant au Sud
rentrent à contre-cœur dans leur pays. Entre la guerre et la misère, ils ont
fait le choix de la survie, sans illusion sur leur capacité à rebondir dans une Syrie exsangue
où le revenu moyen est de 20 à 40 $ par mois. On les voit massés avec leurs
biens dérisoires au poste-frontière de Joussieh, le regard éteint, le front
soucieux.
Qui se préoccupe de ces laissés-pour-compte ? Ils appartiennent à un pays pauvre, morcelé, instable. Le Liban constitue pour eux la seule planche de salut. Étrange, tout de même, qu’une épave serve de planche de salut, et pourtant c’est le cas. Tout est relatif. Malgré ses crises et ses conflits, en dépit du racisme qu’ils y subissent parfois, les Syriens ne peuvent se passer du Liban. Et le pays du Cèdre, lui non plus, ne peut se passer d’une main-d’œuvre syrienne vitale pour son économie depuis des décennies. Cet équilibre de la nécessité est bénéfique aux deux parties. Beaucoup de Libanais, arc-boutés sur leurs préjugés et leur méfiance, refusent de l’admettre. Il serait temps qu’ils purgent leurs esprits. (19/3/26)