Chatara

Tripoli a été endeuillée à deux reprises en quinze jours. Le 24 janvier, un immeuble s’est écroulé à Qobbeh, entraînant la mort de deux personnes ; et hier, un autre bâtiment s’est effondré à Bab el-Tabbaneh, avec un bilan bien plus lourd : quatorze corps sans vie ont été extraits des gravats. Qobbeh et Bab el-Tabbaneh font partie des secteurs les plus déshérités de la ville.

Ce double drame est symptomatique d’un pays qui avance à la va-comme-je-te-pousse. Tout le monde est concerné par ce laisser-aller aux conséquences tragiques : les propriétaires qui négligent les travaux d’entretien ; la municipalité qui n’inspecte pas régulièrement les bâtiments vétustes ; la justice et les forces de l’ordre qui ferment les yeux sur les surélévations interdites et les aménagements non autorisés ; les hommes politiques qui font pression sur les organismes officiels pour dispenser leurs partisans de telle ou telle obligation…

Au-delà de la mauvaise gouvernance, le problème principal du Liban réside dans l’incivisme généralisé. On se croit malin en échappant à une contrainte légale, on se félicite de compter parmi ses relations un député qui couvre ses manquements à la loi, on se répète « je ne suis pas le seul » (Chou wé2fit 3layyé ?) pour se donner bonne conscience. Et au final : on se retrouve avec seize morts sur les bras.  

Quand la chatara se substitue à la citoyenneté, qu’on ne s’étonne pas de vivre dans l’un des pays les plus défaillants du monde. (9/2/26)