Parle papa
Au cours d’une promenade avec Riwan (deux ans et demi), je suis absorbé par
des pensées moroses. Le petit le remarque, me secoue par la main et me
dit : parle papa, je n’aime pas le silence. (10/7/20)
Un monsieur bien bruyant
Riwan a été réveillé cette nuit par les coups de tonnerre. Il m’a appelé,
pas vraiment apeuré, mais surpris et un peu agacé : il fait
beaucoup de bruit le monsieur, il me dérange, il me fatigue ! Je
lui ai expliqué que le monsieur, c’est le ciel, et qu’il faut se réjouir de
l’orage car il apporte de la pluie aux plantes et aux arbres qui ont soif.
Cette explication l’a apaisé. Même s’il a mis du temps à se rendormir, son
empathie envers la nature a tempéré son étonnement un tantinet irrité face au
tintamarre du monsieur. (2/11/20)
Moustaches
Riwan s’est réveillé cette nuit en s’écriant j’ai des moustaches.
Proclamation mystérieuse à l’explication on ne peut plus triviale : mon
petit a attrapé un rhume hier et des sécrétions se sont cristallisées sous ses
narines pendant le sommeil. D’où la sensation de pilosité au-dessus des lèvres…
(12/11/20)
Comme une église
Riwan voit sa mère dans une robe de chambre imprimée de motifs chatoyants.
Commentaire du petit : Tu es habillée comme une église. (20/11/20)
Tu parles seul, Papa
Absorbé par mes pensées, je ne m’aperçois pas que l’une d’elles vient de
m’échapper pour se faufiler au dehors, parée de mots parfaitement audibles.
C’est Riwan qui me le signale, mi-perplexe, mi-goguenard : tu
parles seul, papa ?
Un peu honteux, comme un vieux radoteur pris sur le fait, je lui réponds
qu’en effet, j’ai parlé seul, avant d’ajouter : cela t’arrive aussi
quand tu joues, non ?
Réplique de Riwan : oui, mais moi, je suis petit.
Je tâcherai de mieux me surveiller à l’avenir ! (3/2/21)
La lune allumée
Hier après-midi, au cours de la promenade, Riwan s’est exclamé :
Regardez, la lune est allumée !
Elle était « allumée » en effet, mais à peine visible : nous
l’avons cherchée un bon moment avant de la repérer. Elle formait un mince
croissant, minuscule trait curviligne, comme un soupir dans le ciel.
(15/2/21)
Saint-Valentin
Ce matin, quatre jours après la Saint-Valentin, Riwan me voit consulter le
calendrier.
- On est quel jour, papa ?
- Le 18 février.
- Ah ! Alors on n’est plus amoureux ? (18/2/21)
Néologismes
Ce matin, Riwan nous a servi un de ces néologismes dont il a le
secret : Il faut soigner le chat, sinon il va se
« remaladier ».
Riwan a-t-il fait preuve de créativité ? Non, plutôt d’esprit logique.
Les prétendues fautes des enfants sont la plupart du temps logiques. Ils créent
des mots qui pourraient exister, qui devraient exister même, et dont la
morphologie est parfaitement en accord avec la structure linguistique de
l’idiome qu’ils emploient. Car enfin, ce « remaladier » qui écorche
l’oreille et nous a fait sursauter avant de nous faire sourire tout à l’heure,
qu’est-il sinon un verbe du premier groupe dérivé du substantif ou de
l’adjectif malade, avec un ajout du préfixe re- pour signaler la
répétition ?
On devrait laisser aux enfants la liberté d’employer les mots de leur
invention, a fortiori lorsque les mots créés sont plus logiques que la langue
elle-même. (28/2/21)
Voiture de rien
- Papa, j’ai vu passer une voiture très rapide !
- Une voiture de sport ou une voiture de course ?
- Une voiture de rien... (4/4/21)
Peinture
Riwan surprend sa grande cousine A., âgée de vingt ans, en train de se
vernir les ongles. Étonné par la scène, il se précipite chez sa mère en
s'écriant : Maman, A. est en train de mettre de la peinture sur
ses doigts. Est-ce qu’elle a le droit ? (12/6/21)
Confiscation
Riwan laisse tomber une bille qui rebondit à plusieurs reprises sur le
carrelage. Craignant qu’il ne récidive et soucieux de ne pas déranger notre
voisine du dessous, j’engage mon rejeton à plus de vigilance, l'avertissant
qu’il s’exposera à se voir confisquer sa bille s’il s’avise de la laisser
retomber.
Un peu plus tard, Riwan se met à taper du pied par terre, de toutes ses
forces, comme aiment à le faire les enfants. Prié de cesser son tapage par
égard pour la pauvre dame du sixième, il me regarde malicieusement et me lance
avec un sourire irrésistible : tu vas me confisquer mon
pied ? (18/6/21)
Rentrée
Rentrée scolaire de Riwan ce matin. Il a pris sur lui le brave garçon.
Venant d’une minuscule structure où, dans le meilleur des cas, il se retrouvait
avec cinq autres enfants en classe, le voilà débarqué dans un immense
établissement grouillant de gamins de tous les âges. L’espace est nouveau, le
nombre d’élèves impressionnant, les institutrices jamais vues, la classe
surpeuplée… C’est beaucoup pour une petite créature de trois ans et neuf mois,
mais il a bien géré son stress, notre bonhomme, nous lançant à un moment, d’une
voix qui trahissait son trouble : cet après-midi, je vous
raconterai ma journée.
Riwan ignorait sans doute que ses parents étaient tout aussi stressés que
lui, sinon plus, et que depuis la veille, du fond de leur propre histoire,
remontaient les relents de leurs vieilles terreurs enfantines. (13/9/21)
Pirate
Sans le faire exprès, Riwan m’envoie un gland de chêne en pleine figure.
- Tu as failli m’éborgner ! lui dis-je.
- Oui, mais si tu perds un œil, tu seras un pirate.
En effet. Je n’avais pas vu les choses sous cet angle. (26/9/21)
Josier
Riwan a participé à la cueillette des noix (joz en arabe) chez
une amie de sa grand-mère à Aïn el-Kharroubeh dans le Metn. Il en est rentré
les mains enduites de taches de brou, qu’il m’a montrées fièrement.
À ma question de savoir comment on appelle l’arbre qui donne des noix en
français, Riwan m’a répondu sans hésiter : le jozier. (11/10/21)
Cours en ligne
Nous surprenons Riwan, bientôt quatre ans, en train de transbahuter son
petit bureau dans le couloir pour l’installer dans un coin tranquille du salon.
Il a l’air concentré et grave.
- Qu’est-ce que tu fais ? lui demande sa mère.
Il répond sur un ton pressé :
- J’ai un cours en ligne, les étudiants m’attendent ! (19/10/21)
Tout rouillé
Riwan mange des fruits secs. Il choisit un grain de raisin, le mâche avec
circonspection, avant de s’exclamer : c’est du raisin tout
rouillé ! (28/10/21)
Dinosaures
Visite du Parc des Dinosaures à Aajaltoun hier avec Riwan. Un circuit
traverse une belle chênaie en pente où des dinosaures grandeur nature
accueillent les visiteurs avec des rugissements féroces. En se promenant parmi
les tyrannosaures, les stégosaures et autres bêtes aux mâchoires voraces, Riwan
nous demande à plusieurs reprises, mi-sérieux mi-badin, si les dinosaures ne
vont pas le manger. À l’un d’eux, il lance sur le ton du défi : je
n’ai pas peur de toi, et puis d’abord tu n’existes plus depuis longtemps. (1/11/21)
La bouche des enfants
Je redoute toujours un impair quand Riwan et moi prenons l’ascenseur avec
un voisin ou un étranger. Ce matin, tandis que nous montons du sous-sol, un
individu nous rejoint au rez-de-chaussée. Riwan le toise avec le sourire, avant
de déclarer : il est grand le monsieur ! Jusque-là,
tout va bien. Mais deux étages plus haut, il sort
imperturbablement : il a quand même un gros ventre ! (7/11/21)
Tarzan
Sur le chemin de l’école, Riwan (4 ans aujourd’hui) me déclare d’un air
pénétré :
- Tu sais, papa, Tarzan ne porte qu’un pagne, parce qu’il fait chaud là où
il habite. Mais quand il vient à Beyrouth, il met des vêtements et des
chaussures.
Je n’avais jamais imaginé Johnny Weissmuller en costume de ville à
Beyrouth. Voilà chose faite. (7/12/21)
Clémence
Riwan savoure les jeux de rôles. Ce matin, il incarne le personnage d’un
juge qui examine le cas d’un fieffé bandit campé par son papa.
- Qu’est-ce que tu as volé ? me demande-t-il les sourcils froncés, la
voix dure.
- Des pièces d’or à la banque.
Son expression s’adoucit. Il marque une longue pause, l’air d’hésiter sur
le verdict, puis s’exclame :
- Bon, ce n’est pas très grave. Je vais t’envoyer en prison, mais je
laisserai la porte ouverte. (12/12/21)
Irritant
M’étant emmêlé les pinceaux dans un jeu dont j’avais mal saisi les règles
biscornues fixées par mon petit, ce dernier me sort avec un mélange de
désespoir et de commisération :
- Tu es irritant, papa !
Je suis irritant !
Il n’est pas donné à tout le monde de se faire moucher par son mioche avec
autant de classe. (29/12/21)
Super
Moi, dans le rôle du pompiste :
- Marhaba éstéz.
Riwan très affairé, les sourcils froncés, la voix grave :
- Marhaba. Fawwéla éza bétrid.
- Tékram éstéz. Béddak super amma aadé ?
- Super aadé ! (10/1/22)
Ridules
Riwan s’approche de moi, scrute longuement les ridules autour de mes yeux
et s’exclame :
- Tu as les yeux cassés, Papa !
Puis, se ravisant :
- Je veux dire fissurés. (20/2/22)
Juste l’attendre
Moi – Tonton I. va nous quitter jeudi prochain.
Riwan (surpris, presque choqué) – Mais pourquoi ?
– Il doit rentrer chez lui, en France.
– Bon, alors je l’attendrai.
– Tu es triste ?
– Non.
– Tu es content ?
– Non. Je ne suis ni triste ni content. Je vais juste l’attendre. (25/2/22)
Bisous
Question de Riwan, tout à l’heure, alors que nous attendions l’ascenseur au
sous-sol :
Dis, Papa, les bisous, c’est sucré comme les bonbons ? (7/3/22)
Cadeau
Riwan prépare en classe la fête des Mères, qui a lieu le premier jour du
printemps au Liban, soit lundi prochain. Ce matin, après m’avoir considéré
quelques instants, il me lance sans sourciller :
- Toi, pour la fête des pères, je vais t’envoyer à Tombouctou. (15/3/22)
Secret chuchoté
Dans le cadre des préparatifs pour la fête des Mères, célébrée le 21 mars
au Liban, Riwan a confectionné un cadeau en classe à l’intention de sa maman.
Il m’en parle et m’explique qu’il va le lui remettre demain. Ce sera une belle
surprise, ajoute-t-il, elle sera très contente.
Soudain, emballé par cette perspective, il s’écrie :
- Je vais aller le lui dire maintenant !
Je l’arrête de justesse :
- Mais si tu le lui dis maintenant, ce ne sera plus une surprise !
Il hésite, réfléchit un moment, puis me répond à voix basse :
- Bon, alors, je vais le lui chuchoter. (20/3/22)
Garde mes affaires
Riwan discute via Skype avec son tonton installé en France. Pris
d’un besoin pressant, il pose la tablette sur le lit, enlève sa veste et dit à
son oncle :
- Garde mes affaires, je reviens tout de suite. (29/3/22)
Quelqu’un à l’intérieur de moi
Pris en faute, à court d’arguments pour justifier sa bêtise, Riwan nous
sort avec un sérieux imperturbable : ce n’est pas moi qui ai fait
ça, c’est quelqu’un à l’intérieur de moi. (18/4/22)
Chaussettes
À la faveur d’une distraction, je n’ai pas remarqué que Riwan avait enlevé
ses chaussettes. Je lui demande donc de les ôter pour entrer dans le bain.
- Mais tu ne vois pas que je les ai enlevées ? Tu veux que j’enlève ma
peau maintenant ? (26/4/22)
C’est la vie
Après avoir
écouté patiemment les complaintes d’un petit garçon plus jeune que lui, Riwan
s’exclame, l’air navré :
- Eh
oui, qu’est-ce que tu veux ? C’est la vie ! (6/5/22)
Un lundi
matin
Je roule sur
un tapis de jacaranda, Papa.
Voilà le genre de phrases qui vous requinque un homme un lundi matin !
Et il est
vrai qu’il était beau, ce tapis de jacaranda, d’un éclat bleu
lavande qui illuminait la rue de Damas sur le chemin de l’école. (30/5/22)
La fille
marron
Aux Franciscaines, faisant les cent pas sous les ficus, je surveille Riwan
de loin. À un moment, je crois le voir jouer avec Milan, un garçon à la
tignasse abondante et crépue qui partage ses jeux parfois.
Quand Riwan vient me retrouver, je lui demande s’il s’est bien amusé avec
Milan. Il me toise d’un air affligé et me sort :
- Mais Papa, je jouais avec une fille, pas avec Milan ! Milan
est blanc, alors que la fille est marron ! (9/6/22)
Sourire
Tandis qu’il chemine à vélo en direction de l’école, Riwan me déclare, un
tantinet vexé :
Il y a une dame qui m’a regardé sans me sourire !
Quand les enfants remarquent les visages qui ne leur sourient pas, les
adultes, eux, remarquent ceux qui leur sourient. Question de fréquence.
(14/6/22)
Dans ma tête
Voilà quelque temps que Riwan se dispense de répondre aux salutations des
voisins. Il se contente d’un léger sourire, les lèvres closes. Ce matin, je lui
en ai fait la remarque, attirant son attention sur les règles de la civilité
qui nous imposent de répondre au bonjour des connaissances.
- Mais papa, rétorque Riwan sans ciller, je dis bonjour dans ma
tête. Ce n’est pas ma faute si les gens n’entendent rien. (29/7/22)
Gai mariage
Riwan confirme son intérêt pour les questions de genres.
Dernier épisode en date, cette conversation entre lui et sa mère :
- Est-ce qu’un garçon peut se marier avec un autre garçon ?
- C’est rare. En général, un garçon épouse une fille.
- Pourquoi ? Parce que c’est plus joyeux ? (9/8/22)
Le camion
- Papa, regarde le gros camion.
- Il va où à ton avis ?
- Il va sur son chemin. (18/8/22)
De l’eau, pas des larmes
Riwan me révèle qu’il s’est fait mal en tombant au centre de loisirs. Il me
désigne sa lèvre supérieure, légèrement enflée en effet, puis me raconte
comment il a perdu l’équilibre.
Je lui demande s’il a pleuré.
- Non, me dit-il. Mais de l’eau est sortie de mes yeux. (26/8/22)
Trois
Nous roulons du côté de Beit Mery. La radio diffuse une vieille chanson de
Bernard Sauvat.
L’amour, il faut être deux, roucoule suavement le chanteur romantique.
Non, il faut être trois ! corrige Riwan avec aplomb.
(29/8/22)
Consolation
Riwan a repris le chemin de l’école hier. Bilan de cette première
journée ?
- C’est bien, les maîtresses sont gentilles, mais beaucoup
d’enfants ont pleuré. J’ai passé mon temps à les consoler et je n’ai pas pu
jouer.
Il ne faut pas avoir l’oreille très fine pour constater qu’un aveu se
dissimile derrière ce récit : Riwan est coutumier des narrations
transitives où un tiers se trouve chargé de ses maux et de ses faiblesses, une
sorte de bouc-émissaire fictif qui le purge de ses peines.
Je lui demande s’il a pleuré lui-même.
- Oui, un peu, admet-il après une courte hésitation.
- C’est normal, lui dis-je, il ne faut pas en avoir
honte.
- Oui, mais moi, personne ne m'a consolé : je me suis consolé tout
seul. (13/9/22)
Un mur d’étoiles
Riwan, ce
matin :
- J’ai fermé
les yeux, et derrière mes paupières, j’ai vu un mur d’étoiles. C’était vraiment
très beau. (10/11/22)
Composition
Sur le chemin de l’école, Riwan fredonne un air de son cru qui me paraît
mélodieux quoiqu’un brin mélancolique. Je lui suggère qu’il pourrait ajouter
des paroles à sa musique afin d’en faire une chanson.
- Tu sais, cet air, je l’ai composé il y a cinq ans ! me réplique
Riwan.
Je lui rappelle qu’il y a cinq ans, il n’était pas né : il était
encore dans le ventre de sa mère.
- Oui, mais moi, dans le ventre de maman, je composais déjà de la musique !
(29/11/22)
Demande à Google
En retrouvant sa grand-mère après l’école, Riwan vérifie auprès d’elle une
information qu’il vient d’entendre dans la bouche d’un camarade :
- Dis, Téta, quand on meurt, c’est vrai qu’on se transforme en ange ?
Prise de court, la grand-mère esquive en prétendant l’ignorance.
Réponse de Riwan :
- Si tu ne sais pas, va voir sur Google ! (6/12/22)
On se voit beaucoup
Depuis quelque temps, Riwan manifeste un désir d’émancipation à notre
égard, ce qui est plutôt rassurant pour un enfant unique. Un exemple parmi
d’autres : hier, il était invité à un anniversaire dans un centre
d’attraction. Sur le chemin, il demande à sa mère ce qu’elle compte faire
pendant la fête.
- Je ne sais pas, lui dit Nayla. Tu préfères que je reste ou que je
parte ?
Réponse de Riwan :
- Il vaut mieux que tu partes. On se voit beaucoup à la maison !
(13/12/22)
Et leurs shorts ?
Nous avons montré ce matin à Riwan une photo de Hakimi et Mbappé échangeant
leurs maillots après le match d’hier, afin de lui expliquer l’importance de
l’esprit sportif et du respect mutuel entre les joueurs.
L’idée a plu à Riwan Il avait quand même une question :
- Ils ont échangé leurs shorts aussi ? (15/12/22)
Désordre
Riwan ne retrouve pas un jouet à l’endroit où il l’a laissé la veille.
Apprenant que sa mère l’a déplacé, il s’exclame avec une feinte
indignation :
- Maman dit qu’elle n’aime pas le désordre, et elle met du désordre
elle-même ! (29/12/22)
Surprendre la terre
Hier soir, au moment de rejoindre Riwan pour lui lire une histoire, je le
vois qui scrute le plafond et le luminaire. Il semble concentré, avec l’air
d’un félin prêt à bondir sur sa proie.
Je lui demande ce qu’il regarde.
Réponse de
Riwan :
- Je veux surprendre la terre en train de tourner. (2/1/23)
Elle va te manquer
Riwan a souvent besoin d'un intermédiaire, ou d'un élément transitionnel,
pour exprimer ce qui le préoccupe.
Tout à l’heure, alors que sa mère venait de partir en voyage, il m’a
déclaré de but en blanc :
- Elle va te manquer, ta mariée ! (17/1/23)
Pas si rares
Nouveau séisme fortement ressenti à Beyrouth.
Réaction agacée de Riwan :
- Qu’est-ce que vous racontez ? Ce n’est pas si rare, les
tremblements de terre !
Riwan s’est endormi avant d’apprendre la "bonne nouvelle" : le
ministre de l’Éducation nationale a ordonné la fermeture des écoles pour
demain. (20/2/23)
Formation continue
Ce matin, soucieux d’améliorer mes performances de professeur, Riwan m’a
remis un tampon rouge doté d'un visage souriant :
- Tiens papa. Quand un de tes élèves donne une bonne réponse, tu lui
mets un tampon sur la main.
Quelle excellente idée ! J’ai hâte d’appliquer cette méthode sur mes
étudiantes de master, dont certaines ont dépassé la quarantaine. (4/3/23)
Paradoxe du barbier
Riwan apprend qu’on lui a pris un rendez-vous chez le coiffeur pour
raccourcir sa tignasse. Je m’attends à ses protestations habituelles, au lieu
de quoi il me fixe songeusement, avant de lancer :
- Mais si le coiffeur coupe les cheveux des gens, qui coupe les cheveux du
coiffeur ? (9/3/23)
L’aisselle du genou
Riwan désigne son jarret et me demande :
- Comment on appelle cette partie du corps : l’aisselle du
genou ?
Logique imparable des enfants. (19/3/23)
Fête des frères et des sœurs
Riwan s’est exclamé ce matin : Fête des mères, fête des enfants, fête
des pères, fête des grands-mères…! Et pourquoi pas fête des frères et des
sœurs ?
Je lui ai expliqué qu’il y avait bien une journée des frères et des sœurs,
célébrée le 10 avril. Une question – lacanienne – m’a alors traversé
l’esprit : et si en parlant de la « fête des frères et des
sœurs », Riwan nous disait en réalité, du fond de son inconscient,
« faites des frères et des sœurs » ? (23/3/23)
Amoureuses
Ce matin, sur le chemin de l’école, Riwan me confie :
- Je suis amoureux de C. Elle est mignonne et gentille.
- C’est très bien. Et elle, tu penses qu’elle est amoureuse de toi ?
- Oui, elle m’aime beaucoup.
Après un silence, il ajoute :
- L. aussi est amoureuse de moi, mais je ne lui fais pas confiance, elle
change tout le temps d’avis.
Mimétisme ou inclinations sincères ? Peut-être un peu des deux. (5/4/23)
YouTube
Riwan est sensible à la cause animale, en particulier celle des oiseaux. Il
abhorre les chasseurs et ne supporte pas de voir des oiseaux en cage.
Aujourd'hui, en passant devant la terrasse d’une maison encombrée de
plusieurs cages où gazouillent une flopée d’oiseaux, il fustige les
propriétaires qu’il qualifie de méchants. Me faisant l’avocat du
diable, je lui explique que les habitants de cette maison aiment le chant des
rossignols et des canaris.
Réponse de Riwan :
- Ils n’ont qu’à les écouter sur YouTube ! (7/4/23)
L’étymologiste
Riwan est en pleine période étymologique. Il a compris que les mots
n’étaient pas des entités surgies ex nihilo, mais le résultat d’une histoire
faite de combinaisons et d’évolutions. Quand il ne nous interroge pas sur
l’origine d’un mot, il s’essaie lui-même à des interprétations étymologiques
qui ne manquent pas de sel. Ainsi de « chaudron », qui viendrait
selon notre linguiste en herbe des mots « chaud » (ce qui n’est pas
inexact) et « rond », un chaudron ayant la particularité d’être
à la fois souvent chaud et toujours rond. (12/6/23)
Honoraires
Pendant un jeu de rôles, je me retrouve dans le rôle du patient et Riwan
dans celui du médecin. La consultation terminée, je demande au praticien
combien je lui dois. Réponse de Dr Riwan :
- Rien. Vous me payerez si vous guérissez. (15/6/23)
Et si j’éternue ?
Riwan me réclame une dérogation pour quitter son lit et aller jouer au
salon alors qu’il n’est pas six heures. Dérogation accordée à condition de ne
faire aucun bruit, car maman et les voisins dorment encore.
Quelques minutes plus tard, Riwan revient me voir, l’air inquiet :
- Mais si j’éternue, ça va ? (1/7/23)
Procureur
Riwan me surprend avec cette déclaration surgie de nulle part :
- Tu n’aimes pas ton papa, toi !
Je lui demande pourquoi.
- Parce que tu ne parles jamais de lui.
Mon père est décédé il y a vingt ans. Je me rends compte qu’en effet, je ne
l’évoque guère devant mon fils.
Impression d’être pris en faute par un procureur en culottes courtes, aussi
sagace que redoutable. (2/8/23)
Les soldats n’aiment pas mes livres
Tandis que nous rentrons d’une virée sur la corniche, Riwan aperçoit un
soldat au loin. L’occasion pour lui de me faire une déclaration
stupéfiante :
- Tu sais, j’ai peur que les soldats te fassent du mal, parce qu’ils
n’aiment pas tes livres !
J’en reste sans voix. Pourquoi me dit-il cela ? Que sait-il de mes livres ?
Je ne lui en ai jamais parlé moi-même. Quelle pensée, quelle intention,
quel sentiment se cachent derrière cette phrase sibylline ? J’essaie
d’en savoir plus : Riwan se dérobe, affiche un sourire énigmatique et
finit par me dire qu’il « plaisantait ». Malgré mes tentatives, je
n’ai rien pu obtenir de plus.
Peut-être plaisantait-il en effet. Et peut-être pas. (18/8/23)
Déjà prises
Petit
échange entre Riwan et moi à l’heure du bain.
- Je ne
veux pas me marier quand je serai grand !
- Ah
bon ! Et pourquoi ?
- Parce que toutes les femmes sont déjà prises. (7/12/23)
Je ne comprends pas
À la faveur d’un moment d’inattention, Riwan a vu des images qu’il n’aurait
pas dû voir : une bombe s’écrasant sur un immeuble qui s’effondre dans un
nuage de poussière. Il a posé une rafale de questions auxquelles on s’est
efforcé de répondre. À la fin (provisoire) de l’échange, il s’est
exclamé :
- Mais la guerre, c’est idiot !
Puis, les sourcils noués, il a ajouté :
- Je ne comprends pas pourquoi Dieu laisse faire ça. (27/12/23)
L’horloge du ciel
Riwan à son réveil :
- Je n’ai pas eu besoin d’horloge ce matin ! C’est le ciel qui m’a dit
l’heure. (6/1/24)
Aporie
Question aporétique de Riwan ce matin :
- Si tu ne m’avais pas eu, est-ce que tu aurais pensé à moi ?
(11/3/24)
Le Roi-Pluie
Riwan aime la pluie. C’est loin d’être un garçon mélancolique attiré par la
grisaille, mais il a toujours aimé la pluie dans tous ses états : ondée,
bruine, averse venteuse…
Ce matin, après avoir découvert le surnom de Louis XIV, Le
Roi-Soleil, il m’a demandé très sérieusement :
- Et il n’y a pas de Roi-Pluie ? (31/3/24)
Question
Riwan, songeur, un rien inquiet :
- Est-ce que la vie est belle, Papa ? (16/5/24)
Les chats
Riwan ce matin : « Est-ce que les chats sont
gauchers ? » (20/7/24)